Texte Inédit – Les Interviews de Jack Maldosh

Introduction

On en trouve au compte-gouttes un peu partout sur les sites de fans… Mais qui peut se vanter d’avoir l’intégrale incroyable des interviews de Jack Maldosh l’impétueux ? Il fallait être sur le coup pour vous présenter ce double insupportable de notre auteur préféré qui se permet d’aborder de la manière la plus arrogante mais aussi la plus foireuse-géniale possible les personnages de notre enfance…
Les interviews de Jack Maldosh, c’est de savants (ou pas) dialogues aux petits oignons, irrésistible mille-feuille de vannes à croquer résolument à pleines dents (j’insiste).

Les interviews de Maître Duom et d’Ellana sont parues dans l’édition originale (grand format) de l’Île du Destin ainsi que dans l’inaccessible intégrale de La Quête d’Ewilan dans l’ensemble “making of”. Puis les interviews suivantes ont été publiées sur le premier blog de Rageot, et semble donc n’avoir jamais connues d’édition papier. Malheureusement, je n’ai pu retrouver l’ordre original de parution des interviews…

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Les autres textes inédits de La Quête d’Ewilan, l’Intégrale :

Bonne lecture…


Illu T6

LE “MAKING OF”

Derrière l’écriture et la publication d’une trilogie comme La Quête d’Ewilan il y a une impressionnante somme de travail mais aussi de plaisir. Et beaucoup de complicité entre l’auteur et l’éditeur.

À chaque étape, nous avons discuté, réfléchi, privilégié des pistes, traqué fautes et incohérences. Nous avons également échangé, plaisanté, déliré, et c’est ainsi qu’en marge des aventures d’Ewilan s’est dessiné un autre monde. Le monde des coulisses de l’écriture, dont voici quelques morceaux choisis…

Pierre Bottero (L’Île du Destin, Ed. Originale)


Maître Duom Nil’ Erg

Un de nos journalistes, Jack Maldosh, a eu la chance, la joie et l’honneur de rencontrer Duom Nil’ Erg, un des principaux personnages de La Quête d’Ewilan. Le célèbre analyste s’est prêté au jeu des questions et des réponses qui est intégralement retranscrit ci-dessous.

Jack Maldosh : Bonjour, maître Nil’ Erg, et merci d’avoir accepté le principe de cette entrevue.
Duom Nil’ Erg : Bonjour. Pour ce qui est de ma collaboration, je n’ai pas eu le choix !
Jack Maldosh : Que voulez-vous dire ?
Duom Nil’ Erg : Malgré les assertions de l’auteur, fort contestables d’ailleurs, nous, les personnages, avons très peu de liberté. Le libre arbitre est un concept qui n’existe pas d’où je viens. Vous êtes, je n’en doute pas, un homme charmant mais, voyez-vous, après sept cent cinquante pages de La Quête d’Ewilan, j’aurais volontiers échangé cet entretien contre un bain chaud suivi d’un massage.
Jack Maldosh : Je comprends…
Duom Nil’ Erg : Ellana ou Siam.
Jack Maldosh : Pardon ?
Duom Nil’ Erg : Pour le massage. Ellana ou Siam… Plutôt Siam en fait… Elle me plaît bien, cette petite…
Jack Maldosh : Euh… maître Nil’ Erg, La Quête d’Ewilan fut-elle une aventure aussi extraordinaire qu’on le raconte ?
Duom Nil’ Erg : Vous n’avez pas lu D’un monde à l’autre ?
Jack Maldosh : Si, bien sûr, mais j’aurais souhaité avoir votre avis personnel.
Duom Nil’ Erg : Eh bien, je dois avouer que ce ne fut pas de tout repos. Certains moments ont été très difficiles.
Jack Maldosh : Les Ts’liches ? Les mercenaires du Chaos ?
Duom Nil’ Erg : Non, l’odeur !
Jack Maldosh : L’odeur ?
Duom Nil’ Erg : Oui, l’odeur ! Bjorn sent atrocement mauvais des pieds.
Jack Maldosh : Ah… Pouvez-vous nous parler de la fuite dans la forêt, ce moment dramatique où, si je ne m’abuse, vous avez failli être victime d’une crise cardiaque ?
Duom Nil’ Erg : Du cinoche !
Jack Maldosh : Qu’entendez-vous par là ?
Duom Nil’ Erg : L’auteur avait besoin d’un vieil analyste, sage et cacochyme. J’étais le seul analyste disponible, je suis sage mais, manque de bol, je pète la forme. À titre anecdotique, je vous signale que je participerai en juin prochain au marathon d’Al-Jeit. Pour la scène à laquelle vous faites allusion, j’ai joué la comédie, ce qui est, somme toute, assez logique vu que je suis payé pour ça. Si j’avais mis la pêche, les Raïs ne nous rattrapaient pas et tout le chapitre partait en… euh… s’effondrait. L’auteur ne me l’aurait pas pardonné.
Jack Maldosh : Je vois… Que pouvez-vous nous révéler de vos relations avec l’auteur justement ?
Duom Nil’ Erg : C’est un brave gars un peu monomaniaque.
Jack Maldosh : Mais encore ?
Duom Nil’ Erg : Plus de deux ans à écrire La Quête d’Ewilan, le jour, la nuit, à passer des heures pendu au téléphone avec son éditrice, à quasiment dormir avec son ordinateur… Je n’aurais pas aimé être à la place de sa femme !
Jack Maldosh : Mais en ce qui concerne vos relations avec lui ?
Duom Nil’ Erg : Joker ! Je suis encore sous contrat !
Jack Maldosh : Et avec les autres personnages ?
Duom Nil’ Erg : Ça dépend… J’aime beaucoup Salim qui est un garçon plein d’humour. J’ai un faible pour Ellana et Siam, je vous l’ai déjà dit. Maniel est un brave homme et Bjorn, l’odeur de ses pieds mise à part, a peu de vrais défauts. En fait, Edwin est le seul que je ne supporte pas.
Jack Maldosh : Ah bon ? Edwin est pourtant un héros.
Duom Nil’ Erg : Vous voulez dire un dictateur intransigeant, prétentieux et pas très futé ! Tous ses titres lui sont montés à la tête, il est imbuvable. Tenez, rien qu’à l’évoquer j’ai des plaques rouges qui me viennent sur les bras. Parlons de quelqu’un d’autre, voulez-vous.
Jack Maldosh : Ewilan ?
Duom Nil’ Erg : Une sacrée petite ! Avec des yeux à faire voler les poissons ! Dans quelques années, il y aura du remue-ménage sur son passage… Jean-Louis Thouard, vous savez, l’illustrateur, l’avait dessinée avec deux trois ans de plus que ce qui était écrit dans l’histoire ; cet abruti d’auteur l’a trouvée pas assez… enfin trop… Jean-Louis a dû rectifier. Dommage…
Jack Maldosh : Et ses qualités de dessinatrice ? Son Don est tout de même plus important que son physique ?
Duom Nil’ Erg : Sans commentaire.
Jack Maldosh : Comment ça ? Ewilan est la meilleure dessinatrice de Gwendalavir !
Duom Nil’ Erg : C’est ce que prétend l’auteur…
Jack Maldosh : Vous insinuez que…
Duom Nil’ Erg : Je n’insinue rien du tout !
Jack Maldosh : Mais…
Duom Nil’ Erg : Écoutez ! Si j’avais eu des yeux violets et un peu plus de cheveux, vous seriez sans doute en train de m’interroger sur La Quête de Duom ! J’espère que ça vous suffit comme explications parce que je n’ai pas l’intention de vous en révéler davantage. Je n’ai pas envie d’avoir des ennuis avec l’auteur.
Jack Maldosh : D’accord. Maître Nil’ Erg, dans le tome I D’un monde à l’autre, le lecteur vous découvre dans votre échoppe d’analyste. Pouvez-vous évoquer davantage votre métier ?
Duom Nil’ Erg : Volontiers. Un analyste a deux fonctions principales. Il teste le pouvoir des dessinateurs potentiels et assure la transmission des messages diffusés grâce au Don. Je vous signale tout de même que ces explications figurent dans le livre. Vous pourriez être plus attentif…
Jack Maldosh : Je vous prie de m’excuser… Une dernière question. Dans ce livre justement, votre rôle ne semble pas se limiter à celui du vieux sage. Vous êtes souvent mêlé à des scènes dont la dimension comique est flagrante. Je pense notamment au moment où Salim vous appelle papi.
Duom Nil’ Erg : Je vois de quelle scène vous voulez parler.
Jack Maldosh : Votre caractère paraît alors s’adoucir, vous devenez presque tendre. Doit-on comprendre qu’en vous appelant papi on libère en vous une vague de bienveillance ?
Duom Nil’ Erg : Essayez… Je cours le marathon, mais je suis aussi champion vétéran toutes catégories de boxe thaï…

Ellana

Encouragé par l’accueil de maître Duom Nil’ Erg, Jack Maldosh est allé frapper à la porte d’Ellana Caldin. La célèbre marchombre s’est prêtée de bonne grâce au jeu des questions-réponses. Reportage !

Jack Maldosh : Mademoiselle Caldin, bonsoir.
Ellana Caldin : Bonsoir Jack.
Jack Maldosh : Je dois vous avouer que je suis particulièrement ému. Malgré toutes les sollicitations dont vous êtes l’objet, vous avez accepté cette interview sans hésiter, me faisant même l’insigne honneur de me recevoir chez vous. Je n’ai pas tous les jours l’occasion d’interroger une star telle que vous…
Ellana Caldin : Vous exagérez, Jack. Je ne suis pas une star et il n’y a rien d’exceptionnel à ce que je vous reçoive ici.
Jack Maldosh : Mademoiselle Caldin…
Ellana Caldin : Appelez-moi Ellana, je vous en prie.
Jack Maldosh : Volontiers. Ellana, le but de cet entretien est évidemment de satisfaire la curiosité de vos nombreux admirateurs. Ils meurent d’envie d’en savoir davantage sur vous et la question la plus fréquente concerne, bien sûr, votre plastique très, euh… troublante… et vos étonnantes capacités physiques. Quel est votre secret ?
Ellana Caldin : Il tient en une formule : un mental de fer dans un corps d’enfer !
Jack Maldosh : Joli ! Pouvez-vous développer ?
Ellana Caldin : Je cours deux heures tous les matins, je mange bio, je pratique le taï chi, l’aïkido et le tir à l’arc mais aussi l’escalade, la natation et le parapente. J’ai un doctorat en philosophie et un autre en ethnologie. Je parle couramment cinq langues et j’en comprends une dizaine d’autres. Je ne fume pas, bien entendu, et réserve l’alcool aux grandes occasions. Voilà tout.
Jack Maldosh : Quelle modestie ! Vous êtes étonnante !
Ellana Caldin : Merci.
Jack Maldosh : Ellana, la question suivante risque de vous paraître indiscrète et je ne voudrais pas que…
Ellana Caldin : Posez votre question, Jack, nous verrons ensuite ce que j’en pense.
Jack Maldosh : Bien. À ce jour, seul le premier volume de la trilogie a paru et vous n’y apparaissez que brièvement. Il est toutefois évident à sa lecture que votre rôle va s’étoffer dans les suivants et il me semble que s’esquissent, entre vous et Edwin, les bases d’une relation euh… comment pourrais-je dire
Ellana Caldin : Amoureuse ?
Jack Maldosh : C’est cela ! Ai-je bien lu à travers les lignes ?
Ellana Caldin : Vous êtes merveilleusement perspicace, Jack.
Jack Maldosh : Moi ? Euh… Merci, Ellana. Edwin est donc votre type d’homme ? Le modèle que devront suivre tous les soupirants qui rêvent de vous conquérir ?
Ellana Caldin : Surtout pas !
Jack Maldosh : Mais… Je ne comprends pas !
Ellana Caldin : La Quête d’Ewilan est un roman, Jack, un simple roman. L’auteur se targue de mettre en place des situations insolites mais je vous assure que l’histoire d’amour en filigrane entre le chef charismatique et la rebelle hyper-féminine est totalement éculée. Entre nous, j’ai cru comprendre que des gens bien placés lui avaient fait remarquer l’aspect stéréotypé à l’extrême de ses personnages. Autant pour lui et ses velléités d’originalité !
Jack Maldosh : Et Edwin ?
Ellana Caldin : L’auteur a beau me pousser dans ses bras, je le trouve totalement inintéressant. Vide.
Jack Maldosh : Vous êtes dure. Un auteur qui verse dans l’ordinaire, un héros vide…
Ellana Caldin : Je suis exigeante envers moi-même, j’estime avoir le droit de l’être envers les autres.
Jack Maldosh : Edwin n’est donc pas votre genre ?
Ellana Caldin : Vous insistez ! Comme dirait Ewilan, vous voulez que je vous fasse un dessin ?
Jack Maldosh : Un dessin non, mais quelques précisions…
Ellana Caldin : Bien. Edwin possède un physique avenant et sa voix est plutôt agréable mais à l’intérieur de la boîte ça se gâte. Il est persuadé incarner le guerrier absolu, cette certitude lui ronge le cerveau. Il perd un point de Q.I. à chaque fois qu’il tue un monstre et je vous laisse deviner combien de monstres il a massacrés dans sa vie… Croyez-moi, il finira couvert de lauriers mais réduit à l’état de légume. Comment voulez-vous que je tombe amoureuse d’un poireau ? J’attache de l’importance à l’intelligence, à l’humour, à la finesse, qualités dont Edwin est totalement dépourvu. Bjorn, par contre…
Jack Maldosh : Bjorn ?
Ellana Caldin : Oui. C’est un homme extrêmement brillant, d’une incroyable générosité, aux connaissances vastes et éclectiques. Un formidable amant, euh… ami.
Jack Maldosh : Voilà ce qu’on appelle un scoop ! Je peux donc évoquer une possible union entre vous et Bjorn Wil’ Wayard ?
Ellana Caldin : Jack ! Vous vous égarez ! Bjorn m’est très sympathique, je vous l’accorde, mais je suis une marchombre et il est hors de question que j’entrave ma liberté par une quelconque relation officiellement reconnue !
Jack Maldosh : Vous vous définissez comme une femme libre ?
Ellana Caldin : Entièrement et définitivement libre !
Jack Maldosh : Je peux donc vous inviter ce soir au restaurant ?
Ellana Caldin : Je suis déjà prise, Jack. Désolée.
Jack Maldosh : Mais…
Ellana Caldin : Au revoir, Jack.

Les Interviews de Jack Maldosh – L’Intégrale

Texte de Rageot à l’occasion de leur reparution :

Il y a quelques années, l’équipe Rageot a eu la chance – que dis-je ? l’honneur ! – de travailler avec un journaliste Alavirien à la verve sans égale et à l’humilité légendaire. Faut-il encore le présenter ? Il s’appelait Jack Maldosh, et il peut se targuer d’avoir rencontré les plus grands : Maître Duom, Ewilan Gil’ Sayan et même l’insaisissable Ellana Caldin n’ont su lui refuser une entrevue.
Jack a toutefois décidé de prendre sa retraite en 2008. Il s’est retiré sous le soleil des Maldives, mais nous envoie encore régulièrement des cartes postales. Dans l’une de ses lettres, reçue la semaine dernière, Jack a émis le souhait que ses interviews soient republiées. Elles reviendront donc une par une sur ce site [NDlA : livre-attitude.fr], prêtes à chatouiller vos zygomatiques. Et on commence tout de suite par cet entretien avec la célèbre Ewilan !

Illustration, Montage de rageot

Ewilan

Interview d’Ewilan Gil’ Sayan par Jack Maldosh, journaliste, enquêteur, brillant et modeste. Très modeste…

« Vous l’avez demandé, Jack l’a fait ! »
Voici le slogan qui va souffler un joyeux vent de renouveau sur la presse d’investigation, et attirer à votre humble serviteur bien des regards jaloux. Regards jaloux dans lesquels les plus perspicaces découvriront l’habituelle pointe de jalousie admirative à laquelle – au diable la modestie – je suis désormais habitué.
Vous l’avez demandé, je l’ai fait !
Vous vouliez une interview d’Ewilan Gil’ Sayan, non, vous exigiez une interview d’Ewilan Gil’ Sayan, vous tonniez, tempêtiez… Prenant mon courage à deux mains et mon stylo dans l’autre, je me suis une fois de plus glissé dans les limbes du possible, aux frontières de la littérature, du rêve et de la réalité, en quête, cette fois-ci, de la mythique dessinatrice.
J’ai découvert Ewilan sur les bords de l’Œil d’Otolep, alors qu’elle prenait un repos bien mérité, les pieds dans l’eau. À ma grande surprise, elle m’a accueilli avec une vraie simplicité, n’hésitant pas à partager avec moi le sandwich jambon fraises qu’elle avait emporté pour son déjeuner.
Elle a ensuite répondu avec la plus grande franchise à mes questions et c’est avec une immense fierté que je rapporte ci-dessous l’intégralité de notre rencontre.

Jack Maldosh : Mademoiselle Gil’ Sayan, bonjour.
Ewilan : Bonjour monsieur Maldosh.
Jack Maldosh : Je vous en prie appelez-moi Jack. Toutes mes admir… euh… connaissances m’appellent Jack.
Ewilan : Uniquement si vous m’appelez Ewilan.
Jack Maldosh : Très volontiers, Ewilan. Je suis ravi que vous ayez accepté de répondre à mes questions. Vos fans ont des millions de choses à vous demander par mon intermédiaire et pouvoir leur apporter les réponses qu’ils attendent est…
Ewilan : Jack…
Jack Maldosh : … un véritable bonheur pour un journaliste comme moi qui n’a de cesse de bousculer les frontières pour…
Ewilan : Jack !
Jack Maldosh : … apporter aux lecteurs et aux lectrices l’information dont ils ont besoin pour continuer à…
Ewilan : JACK !!!
Jack Maldosh : Oui ?
Ewilan : Dans dix minutes j’ai rendez-vous avec Ellana. Je n’aurai donc pas le temps de répondre à un million de questions mais seulement à deux ou trois… ou à aucune si vous continuez à pérorer.
Jack Maldosh : À quoi ?
Ewilan : À pérorer. Cela signifie jacasser.
Jack Maldosh : Euh… bon… je comprends. Je commence. Ma première question concerne vos yeux, Ewilan. J’avoue que je n’ai jamais rencontré un pareil regard. Des yeux immenses d’un violet intense… profond… éblouissant… magnétique… fascinant…
Ewilan : Votre question, Jack !
Jack Maldosh : Oui, oui. Euh… Portez-vous des lentilles ?
Ewilan : Pardon ?
Jack Maldosh : Pour avoir un regard pareil, portez-vous des lentilles ?
Ewilan (avec un soupir) : Non, Jack. Ni lentilles, ni perruque. Je doute toutefois que vos lecteurs soient intéressés par de tels détails.
Jack Maldosh : Vous avez raison. Leurs préoccupations semblent plutôt tourner autour de votre vie… euh… sentimentale.
Ewilan : C’est-à-dire ?
Jack Maldosh : Eh bien… Je vais être franc avec vous. Beaucoup de lecteurs vous trouvent injuste avec Salim. Il vous aime, vous l’a avoué, et l’a prouvé à de multiples reprises. De plus il est jeune, beau garçon, vif, intelligent, spirituel…
Ewilan : Je sais tout cela. Je connais Salim depuis des années.
Jack Maldosh : Pourquoi donc le traiter aussi mal ?
Ewilan : Je ne le traite pas mal du tout. Relisez La Forêt des captifs ou L’Œil d’Otolep si vous en doutez. Comme je vous le disais, je connais Salim depuis longtemps. Notre relation s’est bâtie sur un mode qui nous appartient. À nous et à nous seuls.
Jack Maldosh : Et Liven ?
Ewilan (qui rosit) : C’est un ami.
Jack Maldosh : Vos lecteurs vous ont trouvée très… euh… tendre avec cet… euh… ami.
Ewilan (qui rougit) : Que voulez-vous dire ?
Jack Maldosh : Vous l’embrassez ! Avec fougue, me semble-t-il. Avec passion ! Comme s’il éveillait en vous des sensations que ce pauvre Salim n’a jamais su faire naître.
Ewilan (écarlate) : Vous vous égarez, Jack !
Jack Maldosh : Niez-vous ce qui s’est passé aux pages 146 et 147 de L’Œil d’Otolep ?
Ewilan : Non, bien sûr que non.
Jack Maldosh : C’est tout à votre honneur d’assumer cette scène. Mais, voyez-vous, nombre de vos lecteurs en ont conçu une rancœur tenace envers Liven. Des pétitions circulent, exigeant de l’auteur qu’il le supprime, si possible dans d’atroces souffrances. On le soupçonne d’être de mèche avec Eléa Ril’ Morienval, de vous manipuler, de chercher à…
Ewilan : C’est ridicule ! Liven est un garçon génial. Il est séduisant, extrêmement doué, intelligent, plein d’humour… Où sont ses défauts ?
Jack Maldosh : Wouahou ! Vous le défendez avec ardeur !
Ewilan : J’ai beaucoup… d’estime pour Liven.
Jack Maldosh : Je vois. De l’estime… Pour résumer, on peut donc dire que votre cœur balance entre Salim et Liven ?
Ewilan :
Jack Maldosh : Vous ne souhaitez pas répondre ?
Ewilan : Tout ce que je peux dire, c’est que ma décision est prise.
Jack Maldosh : Très bien, je prends bonne note. Rendez-vous dans le prochain volume pour connaître la teneur de cette décision. Une dernière question ?
Ewilan : Je vous en prie.
Jack Maldosh : Emma de chez Rageot reçoit chaque jour un nombre impressionnant de lettres demandant une troisième trilogie ! Les Tentacules du mal marquent-ils vraiment la fin de vos aventures ?
Ewilan : Oui, Jack.
Jack Maldosh : En êtes-vous sûre ?
Ewilan : Après Les Tentacules du mal, le monde n’arrêtera pas de tourner, c’est certain. Ceux d’entre nous qui auront survécu aux dangers qui nous attendent poursuivront leur chemin, mais l’auteur n’a plus envie de parler de ce chemin. C’est son droit et je le respecte.
Jack Maldosh : Ne trouvez-vous pas cela dommage ? Il y a tant de lieux qui n’ont pas encore été visités, tant d’ennemis qui n’ont pas été affrontés, d’énigmes qui n’ont pas été résolues… Il y aurait tant de choses à raconter ! N’avez-vous pas envie d’insister auprès de l’auteur ?
Ewilan : Non. J’avoue même que retrouver enfin une part de vie privée me fait plaisir, mais si vous voulez essayer, ne vous gênez pas.
Jack Maldosh : Bonne idée. Savez-vous où le joindre ?
Ewilan : Bien sûr. Nous sommes en contact quotidien. Je vais vous donner son numéro de téléphone.
Jack Maldosh : Euh… Ewilan ?
Ewilan : Oui ?
Jack Maldosh : Puisqu’on parle de numéro, euh… vous n’auriez pas celui d’Emma ?
Ewilan : Désolé, Jack. Emma est une amie et je ne divulgue jamais le numéro de mes amies.
Jack Maldosh : Mais… c’est important ! C’est pour samedi soir, euh… qu’est-ce que je raconte… c’est pour le travail !
Ewilan : Jamais, Jack. C’est un principe.
Jack Maldosh : Allons, Ewie, soyez sympa.
Ewilan (sèche) : Je m’appelle Ewilan.
Jack Maldosh : Allons, Ewilan, soyez sympa.
Ewilan (très sèche) : Vous souhaitez vraiment que je vous fasse un dessin pour vous aider à comprendre ?
Jack Maldosh : Non, non, ça ira. Merci beaucoup pour vos réponses, Ewilan. Je suis certain que vos lecteurs seront comblés.
Ewilan : Merci à vous Jack. À bientôt.

Salim

À peine rentré des marais d’Ankaï, mon corps d’athlète encore endolori par la lutte incessante que j’ai menée pour rester en vie, épuisé par le voyage et les hordes de paparazzi qui, dès mon retour, se sont rués sur moi, je n’ai pas cédé à l’appel envoûtant de mon lit.
Non.
Moi, Jack Maldosh, je me suis remis en chasse.
Pareil à un fauve du journalisme, prédateur félin aux sens surdéveloppés, j’ai décidé de combler la multitude d’admirateurs et d’admiratrices qui ont en moi une confiance aussi absolue que justifiée, en leur offrant une de ces interviews dont j’ai le secret et qui ont établi ma renommée bien au-delà de nos frontières.
Je l’ai cherché, ne reculant devant aucun danger, aucune difficulté, me gaussant des maladroits qui tentaient d’entraver ma progression, méprisant les jaloux qui, faute d’arguments, tentaient de me faire passer pour un prétentieux mythomane. Je l’ai cherché et je l’ai trouvé !
Oui.
Je l’ai trouvé.
Salim !
Voici donc, en exclusivité pour vous, le compte-rendu du sympathique entretien qu’il m’a accordé.

Jack Maldosh : Salim, bonjour ! Je suis vraiment très heureux de vous rencontrer enfin.
Salim : Bonjour.
Jack Maldosh (avec un petit rire) : Inutile, je pense, de me présenter.
Salim : Ben… Si tu veux que je sache qui tu es, c’est quand même mieux que tu me le dises.
Jack Maldosh (surpris) : Vous ne me reconnaissez pas ?
Salim : Non, vieux, je ne te reconnais pas.
Jack Maldosh : Je… je suis Jack Maldosh. Le… le célèbre journaliste. Enfin… euh… le journaliste… euh… un journaliste.
Salim : D’accord. Et qu’est-ce que je peux faire pour toi, Jack ?
Jack Maldosh : Répondre à mes questions. Vous avez des milliers de fans qui ragent de ne pas en savoir plus sur vous et qui, depuis des mois, me tannent pour que je vous interroge.
Salim : D’ac, vieux, mais par pitié arrête de me vouvoyer. J’ai l’impression d’avoir l’âge de papi.
Jack Maldosh : Papi ?
Salim : Ben oui, papi Duom. Un vieux bonhomme que j’adore bien qu’il soit aussi sympathique qu’un cactus.
Jack Maldosh : Je connais maître Duom Nil’ Erg. J’ai même, alors que mon étoile journalistique brillait déjà d’une flamme haute et claire, eu l’insigne honneur de l’interviewer.
Salim : Et il ne t’a pas mis un coup de boule ?
Jack Maldosh : Euh… Non. Pourquoi ?
Salim : Les seuls types que Duom déteste davantage que les bavards, ce sont les prétentieux. Alors les bavards prétentieux, je ne te dis pas. Habituellement, ça finit mal. Pour eux.
Jack Maldosh (écarlate) : Bien. Euh… Pourriez-vous… euh… Peux-tu nous parler d’Ewilan ? Votre relation est sans doute le sujet qui intéresse le plus nos lecteurs.
Salim : Je la kiffe à mort.
Jack Maldosh : Pardon ?
Salim : Tu me demandes de te parler d’Ewilan, je te réponds que je la kiffe à mort.
Jack Maldosh : Euh… d’accord. J’avoue que je suis un peu surpris. J’étais habitué à davantage de… euh… poésie dans vos… tes déclarations.
Salim : Bon, vieux, il faut que je te dise un truc vachement important. Non. Deux trucs vachement importants. Le premier c’est que personne ne peut comprendre ce qui nous lie Ewilan et moi, c’est beaucoup trop beau, beaucoup trop fort. Le deuxième truc c’est que mes déclarations lui sont réservées. À elle seule.
Jack Maldosh : Très bien. Donc pas de problème particulier avec Liven ?
Salim (qui ne rit plus) : Tu as des morceaux en trop ?
Jack Maldosh : Pardon ?
Salim : Je te demande si tu as des morceaux en trop. Comme je ne vais pas tarder à te mettre en pièces, autant commencer par ceux-là.
Jack Maldosh : Mille excuses. Je te propose de changer de sujet. On oublie Liven, d’accord ?
Salim : Je ne pense jamais à cette face de roquet. Je n’ai donc aucune difficulté à l’oublier.
Jack Maldosh : Où en est ta formation avec Ellana ?
Salim : Elle suit son cours. Intense, difficile, dangereuse mais bigrement géniale.
Jack Maldosh : Même sur les bateaux à roues des Haïnouks ?
Salim : Un marchombre reste un marchombre où qu’il soit.
Jack Maldosh : Nos lecteurs en apprendront-ils un jour davantage sur cette fameuse formation ?
Salim : Je crois que Pierre a prévu le coup. C’est pas pour tout de suite mais ça viendra.
Jack Maldosh : Le troisième tome du Pacte des Marchombres ?
Salim : J’ai dit ça viendra.
Jack Maldosh : Très bien. Une dernière chose, Salim. Nos lecteurs se posent beaucoup de questions sur ta capacité à te transformer en loup et, depuis que Pierre a publié Le Souffle de la Hyène, les suppositions vont bon train. Connais-tu Shaé ?
Salim : Bien sûr.
Jack Maldosh : Te sens-tu proche d’elle ?
Salim : Toi tu veux que j’ai des problèmes avec Ewilan !
Jack Maldosh : Non, non, pas du tout. Je ne parlais pas de ce type de proximité. Shaé se transforme en panthère, toi en loup, tu es originaire du Cameroun, un pays que, justement, Pierre évoque dans L’Autre, bref vos dons se ressemblent beaucoup. Est-il raisonnable de penser que tu es Mét…
Salim : Chut !
Jack Maldosh (à voix basse) : C’est un secret ?
Salim : Non, c’est un conseil.
Jack Maldosh : Je ne comprends pas.
Salim : Pierre a pris beaucoup de plaisir à croiser ses histoires. Certains lecteurs ont compris certaines choses, d’autres comprendront plus tard, mais je doute que Pierre apprécie que tu lui casses son effet à grands coups d’annonces fracassantes. Le second tome de L’Autre, Le Maître des Tempêtes, sort bientôt. Je te conseille de le lire attentivement si tu veux savoir qui je suis vraiment. De le lire et de te taire.
Jack Maldosh : Mais…
Salim : Sauf si les marais d’Ankaï te manquent tellement que tu as envie d’y passer le reste de tes jours. Pierre t’a pardonné une fois. Ça m’étonnerait beaucoup qu’il t’accorde une troisième chance.
Jack Maldosh (qui fronce les sourcils) : Je croyais que tu ne me connaissais pas. Comment es-tu au courant pour les marais d’Ankaï ?
Salim : Je suis marchombre, vieux. Maintenant si ça ne te fait rien, je file.
Jack Maldosh : Je pourrais t’accompagner.
Salim (qui éclate de rire) : Non, vieux, tu ne peux pas. Surtout là où je vais.
Jack Maldosh : Sûr ?
Salim : Certain !
Jack Maldosh : Bon. Merci Salim.
Salim : Je t’en prie, vieux. À une prochaine.

Nathan et Shaé

Chers admirateurs et, surtout, chères admiratrices,
Moi, Jack Maldosh, étoile scintillante au firmament de l’élite journalistique, ai, une fois de plus, accompli l’impossible.
Tout autre que moi se serait découragé devant l’immensité de la tâche, aurait renoncé devant sa difficulté ou, dépourvu des incroyables qualités tant physiques que mentales qui font ma force, aurait péri en chemin.
Moi seul pouvais réussir, moi seul ai réussi.
Vous en rêviez, Jack Maldosh l’a fait (non, âmes mesquines, ne me reprochez d’utiliser plusieurs fois les mêmes formules.)
Au péril de ma vie, pour le doux regard d’Emma et par amitié pour vous, lecteurs et lectrices, je me suis lancé, tel un prédateur des temps modernes, sur les traces de Nathan et Shaé. Utilisant la moindre parcelle de ce que quiconque, moins modeste que moi, nommerait mon génie, j’ai, nuits et jours, pisté ces deux personnages mythiques.
J’ai affronté mille dangers, bravé gouffres et montagnes, combattu créatures de cauchemar et sirènes tentatrices, avançant sans répit, écrasant sans pitié ceux qui avaient l’outrecuidance de se placer au travers de ma route, et je les ai trouvés.
Je pourrais parler de la flamme admirative qui a dansé dans les yeux de Shaé lorsqu’elle a vu pour la première fois ma silhouette virile se découper sur le soleil couchant, comme je pourrais parler de l’envie résignée qui a marqué les traits de Nathan lorsqu’il a perçu ma brillance, mais je n’en ferai rien. J’ai élevé l’humilité au niveau d’un principe de vie et je me contenterai de rapporter notre entrevue de la façon la plus neutre possible, m’effaçant comme je me suis toujours effacé devant mes sujets et pour mes lecteurs.
Vous désiriez plus que tout cette interview ?
La voici !

Jack Maldosh : Bonsoir, chers amis.
Nathan : Bonsoir, Jack.
Jack Maldosh (avec un sourire surpris) : Vous me connaissez ?
Nathan : Vous l’ignorez peut-être, mais je suis Mnésique et je connais donc toute votre… prose.
Jack Maldosh (qui bombe le torse) : et vous l’appréciez ?
Nathan : Nous la comparons avec ce que Emma et Pierre, qui sont des amis, pensent de vous.
Jack Maldosh (un peu inquiet) : Et ?
Nathan : Il est préférable que nous changions de sujet. Notre avis risquerait de vous heurter.
Jack Maldosh : Je comprends. Bien. Si je suis ici, c’est que…
Shaé : Moi, je vais donner mon avis.
Jack Maldosh (très inquiet) : Je vous écoute.
Shaé : Vous êtes un bouffon, doublé d’un incompétent.
Jack Maldosh :
Nathan (avec un sourire amusé) : Shaé n’a jamais été très diplomate.
Jack Maldosh : Je… je… je vois.
Nathan : Mais que cela ne vous empêche de nous poser vos questions. Vous êtes ici pour nous interviewer, non ?
Jack Maldosh : Oui. Enfin… je crois. J’ai une question pour vous, Nathan.
Nathan : Je vous écoute.
Jack Maldosh : Vous êtes plutôt beau garçon, vous possédez des capacités intellectuelles et physiques incroyables, vous disposez d’une mémoire eidétique et il vous suffit de regarder pour apprendre. Ce cumul de qualités ne vous monte-t-il jamais à la tête ?
Nathan : Non. Je ne pense pas que la prétention soit liée aux performances ou, avec d’autres mots, qu’être capable de prouesses vous pousse obligatoirement à l’arrogance, ni, d’ailleurs, qu’il faille être capable de prouesses pour se montrer arrogant. Pour preuve, j’ai fait très récemment la connaissance d’un journaliste d’une vanité inouïe. Une vanité à la juste mesure de sa médiocrité et de sa bêtise.
Jack Maldosh : Un journaliste ! Ciel ! Est-ce que je le connais ?
Nathan (qui hausse les yeux au ciel) : Vous avez d’autres questions ?
Jack Maldosh : Oui. Vos lecteurs sont stupéfaits par la force de l’amour qui vous lie à Shaé. Est-ce un rôle ou éprouvez-vous réellement un tel sentiment ?
Nathan : Je peux simplement vous dire que ce que Pierre écrit dans son livre est bien en deçà de la vérité et de ce que je ressens pour Shaé.
Jack Maldosh : Waouh ! Et moi qui croyais que l’amour absolu était réservé à Ewilan et Salim… Jolie surprise ! Et vous Shaé ?
Shaé : Et moi quoi ?
Jack Maldosh : Aimez-vous Nathan aussi fort qu’il vous aime ?
Shaé : Pas envie d’en parler.
Jack Maldosh : Je comprends et le fait que je vous ai trouvés ensemble est en soi déjà une réponse. Il s’avère toutefois que vous ne supportez pas qu’il vous touche. Ce ne doit pas être pratique pour… Pourquoi grognez-vous ?
Nathan : Vous devriez éviter de la provoquer.
Shaé (avec un sourire carnassier) : Ne t’inquiète pas, je n’ai pas prévu de me transformer aujourd’hui. Même pour le plaisir de mettre monsieur Maldosh en charpie.
Jack Maldosh (qui comprend enfin) : Prévu de vous… transformer ? Qu’est-ce que… Vous vous transformez pour de bon ? Je veux dire… en panthère ?
Shaé : Évidemment puisque je suis une Métamorphe.
Jack Maldosh : Attendez ! Nathan se dit Mnésique, vous Métamorphe. Vous n’allez quand même pas essayer de me faire croire que ces histoires de Familles sont vraies ?
Nathan : Les Familles existent, Jack. Vous devriez le savoir puisque vous avez évoqué mes origines Cogistes, Mnésiques et Scholiastes.
Shaé : Trois origines pour moi aussi, mais différentes.
Jack Maldosh (effondré) : Les Familles existent ? Pierre n’invente donc pas ses histoires ?
Shaé : Non. Il les raconte.
Jack Maldosh : Mais où va-t-il chercher son imagina… ses renseignements ?
Nathan : Il a des relations très… étroites avec les sept Familles. Vous pourriez enquêter là-dessus, ce serait un joli scoop, mais vu que la dernière fois que vous avez tenté de l’espionner, vous vous êtes retrouvé dans les marais d’Ankaï…
Jack Maldosh (qui réfléchit un instant) : Vous avez raison, je vais m’abstenir. Puis-je poser une dernière question ?
Nathan : Allez-y.
Jack Maldosh : Sans vouloir vous fâcher, Shaé, il m’a semblé… euh… il a semblé à de nombreux lecteurs qu’à la fin du Maître des Tempêtes, vous… enfin euh… Nathan et vous aviez… enfin… euh…
Shaé (d’une voix étrangement douce) : Jack ?
Jack Maldosh : Oui ?
Shaé : Je vais vous confier quelque chose. Notez-le bien car je ne le répèterai pas. Je déteste parler de mes sentiments. Ce que j’éprouve pour Nathan est incroyablement fort, plus fort que vous pouvez sans doute l’imaginer, et pourtant suffisamment discret pour qu’une bonne dose de finesse soit nécessaire si on veut le percevoir de l’extérieur. Je doute que vous y parveniez mais certains de nos lecteurs et lectrices ont ressenti cet amour. Que ceux-là fassent confiance à leur intuition. Ce qu’ils ont compris à la fin du Maître des Tempêtes est juste. Juste et essentiel pour notre avenir à tous.
Jack Maldosh : Si je ne m’abuse, voici une bien longue tirade pour une jeune fille comme vous.
Shaé : C’est exact et j’espère que vous en avez profité parce que vous ne m’entendrez plus.
Jack Maldosh : Vous êtes fâchée ?
Shaé : Non, vous repartez chez vous tandis que Nathan et moi empruntons une autre route…
Jack Maldosh (qui se tourne vers Nathan) : Mais…
Nathan : Shaé a raison, Jack. Comme tant d’autres vous pensez que l’Autre est issu de l’imagination de Pierre mais il n’en est rien. Il existe bel et bien, et, à l’heure où je vous parle, sa puissance continue à croître. Shaé et moi devons nous en occuper.
Jack Maldosh : Mais…
Nathan : Au revoir, Jack.
Shaé : Non. Adieu, Jack !


SOURCES :

2 Replies to “Texte Inédit – Les Interviews de Jack Maldosh”

  1. Depuis quand Ellana vouvoie des personnes autres que Jilano? (je parle de l’interview d’Ellana où elle vouvoie Jack)

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