Princesse en Danger

Présentation

Peu après Les Mondes d’Ewilan, Pierre Bottero revient sur un format court 8-10 ans avec Princesse en Danger. La plume de l’auteur jeunesse français le plus lu est toujours au rendez-vous, toujours avec les thématiques chères à ses yeux.

L’Histoire de Princesse en DangerCouverture originale

Ben vogue de famille d’accueil en famille d’accueil, se considère comme une racaille et agit comme tel jusqu’au jour où la vie, au détour d’un déménagement, lui offre une ouverture… Quelques mots bien ajustés fêlent son armure en douceur. Il ne lui en faut pas plus pour saisir cette proposition d’Envol.

– Je n’ai pas le droit de venir ici, alors je prends souvent le gauche.

Critique

Princesse en Danger, c’est un droit simple au bonheur.
À croquer enfin la vie à pleines dents.

La difficulté, les passages pas drôles d’une vie cèdent lorsque l’opportunité est saisie. Le roman est traversé par toutes les thématiques habituelles de Pierre Bottero (déterminismes, rapport au corps, à autrui, l’enseignement…). Il les conçoit toujours non seulement comme étroitement imbriquées, mais aussi toujours d’une manière évolutive.
La misère intellectuelle et relationnelle, la banlieue, miroir de nombreux déterminismes sociaux, sont dépassés par l’ouverture que peut représenter la bonne rencontre, quelques phrases bien placées, ou encore la naissance d’un sentiment amoureux. Un melting-pot optimiste et initiatique parfaitement reconnaissable qui compose la « recette Bottero », si l’on peut dire.

Clichés…

Pierre manie les émotions que génère une situation à la perfection. Il se fiche bien de faire une histoire de princesse-Karate-Yakuza-école parfaitement absurde et clichée : elle n’est que le prétexte de faire réagir, grandir un personnage. Faire naître en lui multitude de sentiments porteurs et émancipateurs.

Et si, pour une fois le narrateur est genré au masculin, Pierre Bottero se permet quelques inversions des clichés et attentes de genre…

Cependant, ne vous attendez pas non plus à une originalité scénaristique sans faille, Princesse en Danger n’est pas son meilleur, et s’il tente de jouer habillement des très strictes codes du roman 8-10 ans, il n’est pas toujours à la hauteur de l’ambition.

Un amour de Marseille

Ce n’est pas la première fois que Marseille apparaît chez Pierre Bottero, elle semblerait représenter pour lui la ville parfaite pour aborder ses thématiques. Des banlieues pour aborder l’inégalité sociale, des docks pour un peu d’action, et surtout la mer, et ses falaises, éléments naturels d’une immensité toujours utile pour un peu de poésie. C’est une ville-océan dans laquelle on peut se perdre, et en même temps on y retrouve des endroits familiers, des passes empruntées… Et enfin c’est une ville assez grande, à la fois riche en diversité et suffisamment banale pour que les lecteurs de tous horizons puissent s’y identifier.

Maître-mot

Après tant d’années à lire Pierre Bottero, je crois que je touchais déjà du doigt dans Tour B2 mon Amour ce qui me touche le plus dans ses textes ; son sens de la justesse. C’est cependant cette dernière lecture  qui fige en moi toujours plus profondément ce concept.

Justesse.

Maître-mot absolu de Princesse en Danger.

De tous ses livres.

La justesse, chez Pierre, c’est savoir saisir une ouverture. Se glisser dans une faille, dire toujours le mot qu’il faut. Savoir se taire quand il faut, écouter l’autre, ou saisir au vol un Silence. S’imposer aussi.
Capter l’instant, la distance.
Au bon endroit.

Quand l’Ouverture est nourrie de justesse, celle-ci devient Envol.

Pierre se répète un peu dans ses thèmes et messages, mais différemment, avec des angles toujours un peu inédits, parfois aux concepts plus explicites. Princesse en Danger m’a permis de toujours plus approfondir ces maîtres-mots, de formaliser en eux une profondeur plus grande, des axes de travail… Ou plus simplement de ne pas se contenter de la poésie et de l’intuition pour avancer, voir toujours au-delà…


Pour aller plus loin…

Je vais vous laisser sur un extrait un peu plus conséquent qui pour moi est représentatif de la finesse de Pierre Bottero. On y retrouve sa connaissance des mécanismes et cheminements intérieurs, sa vision et manière de les influer en douceur, sa capacité à regarder toujours au-delà des apparences, et surtout de son talent d’écrivain pour nous transmettre cette justesse… Le tout fluide, d’un naturel déconcertant,  humble et avec cette simplicité qui connecte les cœurs qui y sont sensibles.

“— Toi tu n’aimes pas l’école, a deviné Luce.
— Bein…
Je m’étais fait piéger. J’allais avoir droit à un discours. Rassurant ou moralisateur, contrarié ou moqueur, mais un discours dans tous les cas. Et je déteste les discours. Presque autant que les embrassades.
 Raté. Luce est restée silencieuse. Elle a juste attendu que je continue ma phrase.
En souriant.
Du coup, un peu étonné, j’ai poursuivi :
— Ben, je dirais plutôt que c’est l’école qui ne m’aime pas.
Nouvelle pause. Luce se taisait toujours et me regardait.
J’ai fait un pas. Prudent. Comme un gars qui s’apprête à marcher sur la glace et qui a peur de se casser la figure.
— C’est difficile de travailler. Parfois j’essaie, mais personne ne s’en aperçoit, alors j’arrête.
Je me suis tu parce que j’en avais déjà beaucoup dit à Luce. Plus qu’à la plupart des gens que je connaissais. Alors qu’elle n’était entrée dans ma vie qu’une demi-heure plus tôt.
« Méfie-toi, mon vieux Ben, a soufflé une voix en moi. N’oublie pas que tu te trouves dans une famille de catégorie trois ! »
— Voilà, ai-je achevé. C’est tout.
Si elle avait été magicienne, Luce n’aurait pas réagi autrement. Elle a posé Eliott à terre et s’est frotté les mains.
— Pâtes carbonara à midi, ça vous tente, les garçons ?
Eliott a poussé un cri de joie et moi, j’ai commencé à me sentir bien.”

Références Éditoriales

Résumé Rageot :

« Dans sa nouvelle famille d’accueil, Benjamin découvre le bonheur. Il rencontre un jour Shi-Meï, princesse de Pataman, dont il tombe amoureux. Quand sa princesse est kidnappée par de dangereux ravisseurs, il décide de tout entreprendre pour la sauver !

Un roman d’amour et d’aventures, porté par un héros résolu à toutes les prouesses pour sauver sa belle. Avec cette histoire au souffle chevaleresque qui joue des modèles familiaux et de l’inversion des rôles filles-garçons, Pierre Bottero se livre à un éloge joyeux du courage, et plaide pour la tolérance et le respect des différences. »

Éditions Rageot :

Éditions : Rageot, 2006 Rageot, 2019
Collection :
ISBN :
Date de sortie :
Nb de pages
Prix neuf :
Rageot Romans
2700232216
5 Avril 2006
187 pages
6,30€
Rageot Romans (8-10 ans)
9782700272970
13 Février 2019
192 pages
6,80€
Couverture :

(Si d’autres éditions existent, je n’en ai pas retrouvé la trace…)


Marie-Pierre Oddoux

Myrtille Tournefeuille

 

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