Interview Pierre Bottero : Médiathèques d’Essonne (2009)

Réalisé par : Équipe Jeunesse / Bibliobloguons, le réseau des médiathèques des Portes d’Essonne.
Date : Août 2009


Le métier d’écrivain

BIBLIOBLOGUONS : À quel âge avez-vous commencé à écrire ?
PIERRE BOTTERO : À 2 ans. Et à 7 ans j’ai écrit mon premier roman de 200 pages, ce n’est pas vrai je blague !! J’ai commencé à écrire tard, vers 36-37 ans. Je voulais aider Brune (ma première fille) pour un concours d’écriture. J’ai d’abord écrit 2 pages puis, poussé par ma femme, j’en ai écrit encore deux et ainsi de suite jusqu’à avoir écrit tout le roman. Au début, c’était un jeu entre ma famille et moi…
J’ai envoyé le manuscrit à 10 éditeurs. Au bout de 15 jours, j’ai reçu un coup de fil de mon éditrice qui m’a annoncé qu’elle prenait mon récit. Pendant 30 secondes : impossible de parler, j’avais reçu comme un coup de massue. J’ai poussé un hurlement : j’étais devenu auteur….

Du coup j’ai eu envie de continuer à écrire. Les histoires sont arrivées ensemble, il a fallu faire des choix. Avant d’écrire une histoire, j’y pense beaucoup et un jour elle est prête et je commence à l’écrire.

B : Quel est votre rapport avec votre éditeur ?
PB : Elle fait un gros travail de relecture pour chercher les incohérences, vérifier le fond et la forme de mon roman. Comme un prof, elle met le doigt sur les défauts. Mon éditeur a une exclusivité sur Ewilan. Je n’aurais aucun intérêt à en changer car c’est avec ce travail commun que je peux continuer à évoluer.

B : Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ?
PB : Tout dépend des livres. J’ai des livres qui font 15 pages et d’autres 650. Le temps passé sur un livre n’est pas uniquement celui de l’écriture. Sur l’ordinateur, c’est la mise en forme du texte, mais il y a tout un travail qui se passe dans la tête. Il y a beaucoup de moments où on pense à l’histoire consciemment ou non. Il faut aussi compter le temps des corrections. Ellana c’est 6 à 7 mois de boulot.

B : Nous avons remarqué que votre écriture évolue…
PB : L’écriture, ce n’est pas du français, c’est de l’humain. Il ne faut pas être particulièrement bon en orthographe, il faut surtout lire pour se constituer un réservoir de mots et d’émotions.
Au début, j’appliquais les règles de français, mais ensuite, mon écriture est devenue mon job et m’a permis de capter les émotions autour de moi. Je capte les émotions positives ou négatives et je les balance sur les pages. Peu importe les verbes, les sujets, etc. Quand j’ai écrit Ewilan, c’était pour la jeunesse, l’écriture était simple. Pour Ellana, peu importait le public, je savais que mes lecteurs me suivraient. Pour moi, l’orthographe est un code, cela n’a rien à voir avec l’écriture.
Curieusement l’écriture en tant que telle n’est qu’une partie infime, le reste est mental.

B : Pourquoi avez-vous abandonné le métier d’instituteur ?
PB : J’ai été instit pendant 20 ans et notamment avec des CM2 pour lesquels j’ai un coup de cœur. Cela fait 4 ans que j’ai arrêté d’enseigner. Je vis maintenant de ma plume sans aucun regret. Je suis marié, j’ai deux filles, pas de chien et 3 chats !!!

Histoires de noms…

B : Comment trouvez-vous les noms de vos héros et monstres ?
PIERRE BOTTERO : Je recherche les meilleurs accords avec les syllabes. Il faut que les noms soient bien en rapport avec les lieux, les personnages (leur caractère) et l’histoire.
– Tiens par exemple, faisons un jeu :
– Je te dis « Luminelle » et je te dis « Carblax »:
– Vois-tu un personnage féminin ou masculin ?
– Vois-tu son âge ? Vois-tu sa taille, la couleur de ses cheveux et de ses yeux ?
– Vois-tu son caractère ?
Ici dans cette invention se fait le jeu des références et des échos intérieurs, je joue avec tout cela !

Je fais des liens avec la réalité quand je crée des monstres. J’ouvre ma fenêtre, j’attends qu’un monstre passe. Mais souvent, il n’y a pas de monstres !!! Fabriquer des monstres c’est un peu comme une recette, il faut bien doser :

  • Tu cherches dans la famille des monstres ceux qui existent déjà : c’est le patrimoine collectif.
  • Tu sélectionnes une créature qui existe, exemple un papillon.
  • Tu le grandis plusieurs fois…tu verras la vision est terrifiante.
  • Ces créatures on les appelle des chimères, ce sont des êtres hybrides.

B : Comment est né le prénom d’Ewilan ?
PB : Je ne me suis pas servi des gens que je connais. J’avais envie de créer, d’inventer, jouer avec la sonorité des syllabes. Ewilan est un prénom que j’ai inventé, qui n’existait pas avant « La Quête » et j’en suis très fier. Le prénom de Camille vient en revanche de ma fille, mais il n’y a aucun rapport entre le personnage d’Ewilan et elle. Les prénoms et les noms dans un récit sont comme des ascenseurs ou des trains qui nous font voyager !

Rencontres avec les médiathèques de l’Essonne


Sources :

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