Interview Pierre Bottero : Fantastinet (2007)

Interview de Pierre Bottero

Réalisée par : Face-à-Face
Date : novembre 2007


ORCUSNF : Bonjour Pierre, vous êtes surtout connu des jeunes lecteurs, pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs plus âgés ?
PIERRE BOTTERO : Bonjour, j’ai quarante-trois ans, je suis marié et suis le père de deux filles. J’ai été instituteur jusqu’à ce que le succès d’Ewilan me permette de me consacrer à plein temps à l’écriture. Depuis tout petit, j’ai toujours dévoré beaucoup de sf et de fantasy, notamment Tolkien, Farmer, Moorcock, et j’ai aussi joué à des jeux de rôles, surtout Donjons et Dragons, pour lequel j’écrivais des scénarios. D’ailleurs, la scénarisation des jeux de rôles exige de rendre cohérentes ses histoires, et diriger une partie m’a appris à faire oublier le monde extérieur à mes joueurs, autant de choses utiles à l’écrivain.

ORCUSNF : En quelques années, vous vous êtes imposé comme une des figures majeures de la fantasy jeunesse, que vous inspire ce succès rapide ?
PB : Une grande joie, et aussi de l’étonnement pour la rapidité de ce succès, auquel je ne m’étais jamais attendu. Pour tout dire, ce n’est même pas ce que je cherchais, je suis devenu écrivain par hasard. J’ai envoyé le premier tome d’Ewilan, et Flammarion s’est dit intéressé. Ils m’ont demandé d’écrire un deuxième tome, pour finalement se désister. J’ai persévéré et c’est Rageot qui a pris la suite de Flammarion. Eux m’ont demandé le troisième tome, et ils ont aimé. Pour eux, c’était un défi car ils n’avaient pas de collection jeunesse, il était donc important d’avoir la trilogie déjà écrite pour une diffusion rapide.

ORCUSNF : Comment vous est venue l’idée de l’histoire d’Ewilan ?
PB : Peut-être parce que chez moi, je suis entouré de femmes (rires). D’ailleurs, j’ai beaucoup d’estime pour les femmes, sans faire de clichés, j’aimerais dire qu’elles sont l’avenir de l’homme. Sinon, c’est une de mes filles, Camille, qui m’a inspiré le personnage d’Ewilan. Elle avait une rédaction à faire et ne savait pas comment s’y prendre pour écrire une histoire. Je me suis mis devant mon ordinateur, et je lui ai dit que j’allais lui montrer comment on écrivait une histoire. Je me suis ainsi retrouvé avec quelques pages d’une histoire que j’avais improvisée. Puis ma femme a lu ce que j’avais fait et m’a dit que je pourrais essayer de continuer, et finalement, c’est devenu un roman !

ORCUSNF : Donc, vous ne rêviez pas vraiment d’être auteur ?
PB : Pas du tout, c’était un jeu pour moi d’écrire ce roman, un défi que je m’étais imposé. Pour moi l’imaginaire de l’enfance est connecté à la réalité, et c’est donc un plaisir d’écrire, pas une torture.

ORCUSNF : Peut-on espérer la retrouver dans de nouvelles aventures ?
PB : Je ne pense pas, avant tout pour éviter de trop tirer sur la corde, je pense qu’il faut passer à autre chose. D’ailleurs, il faut que j’ai envie de reprendre Ewilan, et aussi que j’ai quelque chose à dire. Si une des deux conditions n’est pas remplie, je ne vois pas l’intérêt d’écrire de nouvelles aventures d’Ewilan. D’autant que j’avais déjà longuement hésité à propos de la deuxième trilogie, car il fallait que j’évite la copie, que je me renouvelle, ce qui n’est pas forcément évident.

ORCUSNF : En tant qu’instituteur, vous avez commencé à écrire pour les enfants ?
PB : Non, comme je vous l’ai expliqué, j’ai commencé à écrire pour expliquer l’écriture à ma fille, pour la débloquer. En outre, je ne vois pas vraiment la différence entre écrire pour les enfants et les adultes, car la littérature jeunesse est une littérature à part entière, elle n’est pas à part comme les pédagogues voudraient nous le faire croire. Je vais ainsi vous raconter un jeu pratiqué par Christian Grenier. Dans ses poches, il garde un carnet avec des extraits de livres jeunesse et adultes, et les fait lire à ceux qui prétendent séparer les livres pour enfants et pour adultes, en leur demandant de deviner ce qui est jeunesse, ce qui est adulte. Et rares sont les personnes à ne pas se tromper, systématiquement, elles n’arrivent pas à les différencier.

ORCUSNF : Donc, vous n’êtes pas non plus pour la séparation entre la sf et la fantasy ?
PB : C’est une chose totalement ridicule pour moi, car aux yeux de celui qui écrit l’histoire, cette étiquette ne signifie rien, un livre est une histoire, pas un genre.

ORCUSNF : Peut-on dire que les aventures d’Ewilan sont picaresques ?
PB : Oui mais beaucoup de romans le sont aussi.

ORCUSNF : D’où vous vient l’idée du Dessin comme art magique de Gwendalavir ?
PB : Une nuit, j’ai rêvé que je voyais ma fille Camille sur une colline, en train d’être attaquée par un dragon. Alors qu’elle allait être avalée par le dragon, elle sort sa trousse de son cartable et prend sa gomme, puis efface le dragon qui fondait sur elle. De là, je me suis dit que si on pouvait effacer un objet, on pouvait aussi le dessiner.

ORCUSNF : Une idée vraiment originale, vous n’avez pas pensé à d’autres types de magie ?
PB : Le vrai problème de la magie à l’heure actuelle, c’est Harry Potter. Avant, beaucoup de magiciens utilisaient des baguettes en fantasy, maintenant, on crie au plagiat de Harry Potter dès qu’on sort une baguette dans un roman. Si J.K Rowling n’a rien inventé, elle a verrouillé la magie dans la fantasy.

ORCUSNF : Comment avez vous créé les noms des héros ?
PB : Le nom est un indicateur du merveilleux, il doit bousculer le lecteur. Chaque personnage doit avoir un nom qui ne peut appartenir qu’à lui, qui doit le définir dans son essence même. Ainsi, le soir, quand je n’arrive pas à m’endormir, je joue avec les sons et les syllabes, je cherche à trouver la musique du mot. Et quand ça résonne pile dans ma tête, quand j’ai un accord, je sais que j’ai trouvé le nom qu’il faut pour le personnage que je viens de créer.

ORCUSNF : Dans Ellana, vous dites que la poésie marchombre ne peut exister que sur papier, mais coucher un poème sur le papier, n’est-il pas en réalité l’enfermer ?
PB : L’idéal est l’écrit éphémère, celui sur le sable par exemple. Je ne supporte pas d’entendre un poème, je suis beaucoup plus sensible en le lisant, car l’orateur joue le rôle d’un filtre entre le poème et l’auditeur.

ORCUSNF : Vous reconnaissez aussi l’influence du haïku ?
PB : Oui, je m’en suis inspiré. J’ai cherché une forme de pureté et de simplicité, une harmonie poétique en somme.

ORCUSNF : Pourquoi vous appesantir sur l’histoire d’Ellana ? Les autres compagnons d’Ewilan auront-ils droit au même traitement ?
PB : Ellana sera la seule à avoir sa propre trilogie, car c’est un personnage vraiment intéressant sur lequel je n’ai pas pu m’appesantir au cours des aventures d’Ewilan. Elle a une réserve de mystère énorme, alors qu’elle est toute seule. Les autres personnages ne sont pas assez riches pour subir le même sort qu’elle. Et puis je crois que je suis un peu amoureux d’elle. ( rires)

Sinon, je peux vous confier que le tome deux devrait sortir fin 2007, début 2008 et qu’il s’arrêtera à la rencontre entre Ellana et Ewilan. Le tome 3 traitera de la vie d’Ellana après ses aventures auprès d’Ewilan.

ORCUSNF : Est-il possible que vous écriviez un jour autre chose que de la fantasy ? Voire pour des adultes ?
PB : Je ne sais pas, j’ai un peu peur du côté scientifique de la sf, car je sens que je m’y casserai les dents. De toute manière, j’adore le sentiment de liberté que me procure la fantasy, avec laquelle je peux aller jusqu’au bout de mes idées, sans me préoccuper de la réalité.

ORCUSNF : On peut donc conclure que vous n’avez pas peur d’avoir moins de succès?
PB : Ça ne me gênerait pas du tout de redevenir instituteur, l’écriture est jubilatoire, c’est un plaisir avant tout. S’il le faut, j’arrêterai, mais tant que ça marche, autant continuer à s’amuser.

ORCUSNF : Avez-vous des projets en cours ?
PB : Comme je vous le disais, finir la trilogie sur Ellana.

ORCUSNF : Connaissiez-vous notre site ?
PB : Pas du tout, mais je vais y faire un tour.

ORCUSNF : Un mot pour la fin ?
PB : Il suffit d’essayer.


Sources :

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