Tour B2 mon Amour


Difficile de mettre des mots sur Tour B2 mon Amour, ce hors cycle magistral de Pierre Bottero paru en 2004. Après Zouck, voici une histoire qui relit d’un souffle le fossé entre banlieue et amour, asphalte et forêt, trivialité et poésie.

 

L’HistoireTour B2 Couv 2004

Tristan vit dans la tour B2, dans une banlieue morne, morose et morbide, à l’humanité emmurée par les habitudes et les codes. Au quotidien parfois violent, son milieu ne lui laisse aucune opportunité. Aucune ?…  Par la petite porte de sa classe, une tête nouvelle débarque. Et alors que Tristan se sent sombrer, Clélia entre dans sa vie et ouvre doucement en lui les étaux qui enfermaient son cœur.

« Pourquoi n’existes-tu que quand il y a personne ? »

Critique

Banlieues

Sans surprise, Pierre Bottero a jeté son dévolu sur la banlieue pour un premier amour. Lieu de l’écart, peu exploré de son public.
Il nous rappelle à la triste réalité, à la trivialité du béton et à la violence sociale qui y règne.
Un roman d’amour jeunesse qui démarre sur une bagnole enflammée.

 Cité de béton. Façades anonymes.
 Combat.
 Injustice.
 Solitude.
 Les rêves se noient sous les larmes de la réalité, la pauvreté règne sur les cœurs, et pourtant…

En quelques mots, au travers de Clélia, Pierre Bottero nous livre un sentiment né de l’expérience de la banlieue. Sentiment noir, avec cette lueur au bout d’une situation qui paraît perdue d’avance, cet espoir paradoxal que « le meilleur est à venir, toujours ».

Moins d’un an après la sortie de Tour B2 mon Amour, les émeutes de 2005 embrasaient les banlieues de France. Impossible coïncidence, Pierre Bottero savait lire son époque, comprendre ses enjeux et, par sa littérature, proposer une voie alternative, désirable, aux problèmes posés.

Dans cette banlieue où la pauvreté n’est pas que question d’argent, mais aussi misère relationnelle, intellectuelle, Pierre Bottero nous parle en creux de déterminismes, d’héritage social, des murs que la société impose à une partie d’entre nous. Il possède cette lucidité sur le monde autant que la sagesse d’éviter tout jugement dégradant, hâtif et définitif. Il ajoute sa pierre : un chemin d’émancipation. Un futur qui se brise à mains nues.

Relations

Pierre Bottero pose sur les situations les mots justes. Épurés.
On le sait, c’est sa spécificité, me direz-vous.
Mais dans Tour B2 mon Amour, il va plus loin. Il touche au cœur par sa justesse de ressentis ; mais sait aussi créer ces situations avec brio. Des étapes qui font sens, et plausibles. Sans parler d’identification, Pierre Bottero touche par son réalisme, par sa complexité, par la finesse des instants qu’il présente. Jamais il ne tombe dans l’histoire à l’eau de rose, ne joue avec le lecteur de la corde désir ou émotion, seul compte le juste. Il met en mots l’apparente naïveté et ses conséquences. Pose d’un autre côté les contraintes sociales, les préconçus, l’étau du regard des autres, pour les balayer ensuite peu à peu. Exigence de proposer une relation saine.
Les relations ne sont jamais simplifiées, parfois brutes, violentes, aux multiples strates, aux sentiments disparates. Il nous donne à sentir les implicites. Tristan et Clélia évoluent dans le flou, et leur quête constitue entre autres à découvrir l’immensité de ce que vivre une relation signifie.

À deux. L’alternance de narrateur entre Tristan et Clélia nous donne l’autre point de vue, essentiel.

Douceur.
Profondeur.
Une relation qui se tisse, sans casse, sans case. Faite de poésie, de remises en question, d’élan de vie. Un rapport au monde et à l’autre, un partage puissant. Découvertes. Exhaustivité aussi. Nombreux sont les aspects relationnels évoqués.
Ensemble.
Ouverture de l’un à l’autre.
Sans se toucher.

« Un baiser, c’est un morceau d’éternité. »

Après doutes, trahison, erreurs et désillusions comme étapes passées vient le premier baiser, le désir, comme un nouveau monde à explorer.

Émancipation

Aucun doute, hors du Cycle de l’Ailleurs, il s’agit de mon préféré livre de Pierre Bottero. Au-delà de la finesse relationnelle, de la beauté du partage, Pierre Bottero distille un propos initiatique, l’amour devient l’occasion de grandir, de découvrir, de prendre du recul. Occasion aussi de faire la part entre Amour et amour. Sentiment des plus puissants, l’amour est lieu de transformations, en soi.
La banlieue, par ailleurs lieu d’enfermement, devient une opportunité.

Jamais autant que dans ce hors cycle je n’ai senti sa vocation de professeur. Être le professeur qui saisit tout ce qui se passe dans sa classe. Réagit avec finesse. Crée des ouvertures, des opportunités avec ce qui est donné. Sait avoir un rôle qui va bien au-delà de l’enseignement de contenu, tout en restant en retrait, discret, sans interventionnisme mal placé.
Accompagne avec bienveillance.

Tour B2 mon Amour relit deux mondes. Banlieue et Littérature. Béton et Forêt.
Relit deux êtres. Deux opposés.

Un tour de force.

« La vérité est amour, tout le reste n’est qu’illusion. »

Références éditoriales

Résumé chez Flammarion

Tour B2 Couv 2010«– Je vous amène la nouvelle élève.
Silence total. Tristan avait une drôle de boule nouée à l’intérieur du ventre. Une boule faite d’un sentiment étrange qu’il n’avait pas envie d’analyser. Pas encore. »

Dans la rue de Vienne où se dresse la tour B2, un premier amour s’écrit sur le béton.

Rééditions Flammarion

Éditions : Flammarion, 2004 Flam., 2006 Flammarion, 2010 Flammarion, 2017
Collection :
ISBN :
Date de sortie :
Prix neuf :
Tribal
9782081624801
1 octobre 2004
7€
Tribal
9782081244955
2006
7€ puis 7,50€
Tribal
9782081244955
18 août 2010
9€
Jeunesse/Capsule
9782081410947
24 mai 2017
10€
Couverture : Tour B2 Couv 2004
Sébastien Pelon

Paul Hardy/Corbis
Tour B2 Couv 2010
Marie Pécastaing
Tour B2 - Couv 2017
Studio Flammarion

Sources :

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