Textes inédits – Titres, noms, et autres menus tracas

Introduction

Ce groupe de textes inédits rassemble plusieurs textes de Pierre Bottero. L’ensemble est paru dans l’édition originale (grand format) de L‘Île du Destin.
Ils ont été republiés par Rageot pour fêter les dix ans de la publication d’Ewilan et l’arrivée des intégrales, durant un événement “mois anniversaire” ou Rageot mettait en ligne les textes inédits de Pierre Bottero disponibles. Malheureusement, le site source [livre-attitude.fr, le blog de Rageot] a disparu depuis plusieurs années, je n’ai donc probablement pas récupéré tous les textes.
Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à les signaler.

Des petites différences dans les textes peuvent êtres observées entre la version web et la version de L‘Île du Destin. (Par exemple, dans la version de L‘Île du Destin, les deux textes n’en forment qu’un seul, quelques tournures et transitions changent).

Textes inédits : Titres, noms, et autres menus tracas : 

  • Le titre d’un livre
  • Les noms

Ces deux textes évoquent le rapport de l’auteur à ses personnages, et particulièrement  à ce qui fait, au premier regard, leur identité dans un roman : leurs noms. D’où viennent-ils ? Comment Pierre Bottero les crée-t-il ? Quels sont ses inspirations ?… tant de questions qui passionnent ceux qui touchent à l’écriture, recherchent à pousser plus loin l’analyse de l’œuvre de Pierre par l’onomastique, ou qui, tout simplement, toucheront n’importe quel amateur de son univers.

Le secret de Marchombre.fr

À ma connaissance, il s’agit du dernier texte inédit de Pierre Bottero à publier sur le site, alors je peux bien vous avouer un petit secret….
En poursuivant les recherches sur les textes “inédits” de Pierre Bottero, je retombe immanquablement sur le regretté blog de Rageot, Livre-attitude.fr, inaccessible aujourd’hui.
Le petit secret de Marchombre.fr pour accéder aux archives perdues et croiser les sources, c’est l’utilisation de Wayback Machine, le site de sauvegarde collaborative du net. Malheureusement, sans republication de Rageot, les articles n’ayant pas été sauvés dans cette merveille semblent perdus à tout jamais.

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Bouton de téléchargement(Le PDF, pour une meilleure mise en page)

Les autres textes de l’intégrale :

Bonne lecture…


LE “MAKING OF”

Derrière l’écriture et la publication d’une trilogie comme La Quête d’Ewilan, il y a une impressionnante somme de travail mais aussi de plaisir. Et beaucoup de complicité entre l’auteur et l’éditeur.

À chaque étape, nous avons discuté, réfléchi, privilégié des pistes, traqué fautes et incohérences. Nous avons également échangé, plaisanté, déliré, et c’est ainsi qu’en marge des aventures d’Ewilan s’est dessiné un autre monde. Le monde des coulisses de l’écriture, dont voici quelques morceaux choisis…

Titres, noms, et autres menus tracas

L’Onomastique chez Pierre Bottero…

Le titre d’un livre

Source inépuisable de discussions, recherches, propositions, querelles, concessions, et j’en passe, entre l’auteur et l’éditeur.
Pendant les quelque trente mois qu’a duré la genèse de La Quête d’Ewilan, France Télécom a doublé son chiffre d’affaires grâce aux conversations téléphoniques que j’ai eues avec Caroline Westberg sur les titres de la trilogie, sans tenir compte des échanges de courriers ou d’e-mails.
Il faut dire que le titre d’une histoire se situe à la frontière exacte entre l’œuvre de création et son impact commercial. « Commercial » est-il un gros mot ? Je ne crois pas, surtout si on définit bien son sens. L’auteur écrit parce qu’il aime écrire mais aussi pour être lu. L’éditeur publie parce qu’il aime l’histoire, mais aussi pour que celle-ci soit achetée. Cette réalité implique la présence d’un troisième partenaire : le lecteur. Si l’auteur et l’éditeur souhaitent que le lecteur se joigne à eux, il faut lui en donner l’envie, d’où l’importance du titre.
Cette importance échappe souvent à l’auteur pris dans son processus créateur un peu autistique. Heureusement l’éditeur veille, les palabres peuvent commencer.
Dans le cas qui nous concerne, les palabres allaient porter sur quatre titres : un titre générique et trois autres pour chacun des trois tomes. Pendant longtemps La Quête d’Ewilan s’est appelée Les Spires de l’Imagination. Lorsque, après des mois de travail sur le texte, Caroline Westberg et moi avons abordé le sujet du titre, nous avons été d’accord pour le changer. Trop obscur pour qui ne connaît pas l’histoire, peu d’impact visuel, sonorités médiocres… Très bien, mais que mettre à sa place ? Question ardue, d’autant que lorsque nous parlions de la trilogie nous utilisions, faute de mieux, son ancien titre, ce qui compliquait encore notre réflexion. Nous avons dû échanger une bonne centaine de propositions, elle mobilisant tous les membres de l’équipe Rageot, moi l’ensemble de ma famille. Le titre définitif est né de cette « gestalt », sans que personne puisse s’en attribuer la paternité complète . Il a fait l’unanimité autour de lui.
La Quête d’Ewilan étant le titre générique de la trilogie, restaient à définir les titres de chaque tome. J’avais proposé Un pas sur le côté, L’Éveil des Figés et Le Pic des Ocres. Un petit coup de balai et nous avons remis en service la MCTT (machine collective à trouver des titres). D’un monde à l’autre est venu assez vite, ainsi que L’Île du destin. Pour le deuxième tome, nous sommes tombés sur un os. De nouveau discussions, recherches, propositions… Nous avons finalement retenu cinquante-deux titres possibles et la certitude que le bon se trouvait parmi eux. Oui, mais où ? La MCTT avait trop chauffé, nous manquions de recul.
Mes élèves m’ont alors gentiment accordé leur aide et se sont prêtés au jeu du vote sélectif. Pour chacune des cinquante-deux propositions, ils ont dit oui ou non. Seul Les Frontières de glace a obtenu l’unanimité. Le titre était trouvé, merci à mes vingt-neuf élèves !

Pierre Bottero

Trouver un titre à son ouvrage n’est pas le seul obstacle que doit franchir un auteur. Le choix des noms est également assez épineux.

Les noms

Prenons le cas, assez fréquent il faut l’avouer, d’un auteur qui souhaite écrire un livre, un roman jeunesse pour être plus précis. Ça tombe bien, l’auteur en question a une histoire à raconter, maîtrise à peu près son sujet, et les personnages qui lui sont nécessaires sont justement disponibles.
Il lui reste toutefois un obstacle à surmonter : les noms !
Sachez-le, un personnage n’arrive jamais dans un livre avec un écriteau autour du cou sur lequel sont soigneusement calligraphiés ses nom, prénom et autres surnoms. Jamais ! C’est à l’auteur de se débrouiller. Mais une fois de plus, ça tombe bien, c’est son métier…
Premier cas de figure, l’auteur, qui est malin, connaît le nom du personnage et l’appelle. Le personnage arrive, salue l’auteur avec lequel il a de grandes chances de s’entendre et l’histoire commence. Le lecteur y trouvera son compte. C’est chouette, mais assez rare.
Un exemple au hasard ? Le Ts’lich. J’ai trouvé le nom avant même de savoir que la bestiole existait. La consonance sifflante, l’apostrophe, l’aspect imprononçable m’ont tout de suite séduit. Je l’ai appelé. J’avoue avoir été surpris en le voyant pour la première fois, mais je me suis vite aperçu que, sous son aspect un peu rude, le Ts’lich était un être tendre épris de justice et de fraternité, à moins que je ne confonde avec mon père, ce qui est fort possible…
Salim. J’aime ce prénom. J’aime les prénoms arabes ou africains. Quand je l’ai appelé, Salim est tout de suite venu. Ça ne m’étonne pas, c’est un garçon génial sur qui on peut compter.

Deuxième cas de figure, beaucoup plus courant, l’auteur requiert un personnage sans savoir avec exactitude de qui il a besoin. Cela donne couramment quelque chose du genre :  « Je voudrais un monstre, euh… un gros, avec des piquants et de grandes dents… Plus longues les dents ! » ou alors « Une jeune femme, svelte, au regard de biche… Plus longues les jambes ! ». Bon, le personnage arrive, il correspond plus ou moins à la demande et immédiatement l’auteur le reconnaît et le nomme. Ce sera Garkhablax le Noir ou Luwinelle la Belle. L’histoire peut commencer.
C’est le cas d’Ellana. Je savais tout sur elle, mis à part son nom. Quand je l’ai vue, cette incertitude s’est dissipée. Nous nous comprenions tous les deux…
Maniel et Hans. Je les voulais solides et simples, leurs noms sont venus après. L’unique difficulté a résidé dans le choix que l’histoire m’a imposé. Lequel devait mourir ?

Le troisième cas de figure commence comme le deuxième, mais lorsque l’auteur découvre le personnage, il se trompe et lui donne un nom qui n’est absolument pas le sien. Le monstre devient Bouboule ou la belle Pépette. Neuf fois sur dix le personnage se vexe, se plie à contrecœur aux exigences de l’auteur qui perd le fil de son histoire, laquelle histoire échoue de manière lamentable. Le lecteur a toutes les raisons de bouder.
Heureusement, une entité dont nous n’avons pas encore parlé, l’éditeur, est là pour surveiller ce genre de dérapage. Avec tact et délicatesse, l’éditeur fait remarquer à l’auteur qu’il s’est sans doute fourvoyé en choisissant le nom de son personnage et lui suggère de revoir sa copie. Grâce à l’intervention amicale de l’entité, la bourde de l’auteur est corrigée, le lecteur ne s’aperçoit de rien et se délecte de l’histoire. Pour peu qu’elle soit bonne évidemment puisque, disons-le tout net, les noms des personnages sont importants mais ne font pas tout.
Ewilan est l’héroïne de La Quête, mais elle ne s’est pas toujours appelée ainsi. Son deuxième nom, Camille, correspond au premier cas de figure. C’est celui de ma fille. Ce clin d’œil familial a failli causer une catastrophe. Toute petite, j’appelais ma fille Camillette, surnom qui est vite devenu Miette (c’était bien avant Loft Story !), lequel sobriquet s’est logiquement imposé comme nom alavirien de mon héroïne, et ce pendant la rédaction des deux premiers tomes. Lors de notre deuxième entretien téléphonique, Caroline Westberg, mon entité éditrice, m’a fait remarquer avec tact et délicatesse que ce surnom, dans une trilogie fantastique, était désespérément ridicule… J’en ai convenu avec humilité, mais le mal était fait. J’ai rayé le mot Miette de mon projet tout en étant strictement incapable de le remplacer par un autre prénom. J’avoue avoir passé quelques jours de doute affreux. Privée de nom, mon héroïne s’étiolait. Puis gentiment Camille (celle de l’histoire) m’a soufflé la solution : « Je m’appelle Ewilan, ce n’est pas compliqué quand même… »

Les noms des personnages ne sont pas les seuls à poser problème. L’auteur peut se retrouver dans une situation embarrassante à cause du nom d’une ville, d’un fleuve ou d’une montagne, mais ces éléments géographiques étant dotés de bien moins de conscience que les personnages, il est rare que le problème ne soit pas rapidement résolu. L’auteur, serein, peut donc se consacrer à sa tâche, c’est-à-dire inventer des lieux originaux et générateurs de rêves tout en évitant le principal écueil : le plagiat inconscient de noms existants.
L’auteur doit en effet se méfier de son inconscient comme de la peste et surtout de cette prétention qui veut qu’il soit capable de créer quelque chose d’entièrement original (dans le sens d’inédit). Ce qu’il écrit résulte de ce qu’il a lu, entendu, vu, la somme de ces connaissances étant passée à la moulinette de son esprit. Parfois, et le plus innocemment du monde, l’auteur régurgite un élément moins transformé que les autres : c’est le plagiat. Involontaire, certes, mais plagiat tout de même.
Il faut donc que l’auteur s’interroge avec la plus grande sévérité. « J’ai nommé ce château Poudlard, ou ce guerrier Aragorn, ai-je vraiment inventé ces noms ? »
Bien sûr, les plagiats involontaires sont plus insidieux. Florence Rech, qui travaille chez Rageot et que je soupçonne tour à tour d’être une fée ou une sorcière selon l’avis qu’elle porte sur mes textes, en a repéré un qui m’avait échappé. Al-Vor, la première ville traversée par Ewilan, était Al-Tor dans une première version. Or al’Thor est le nom de famille du personnage principal de Robert Jordan dans son cycle La Roue du temps. On pourrait se demander quel est le rapport entre une ville de province et un jeune guerrier, et par là même s’il y a vraiment plagiat. Guère de rapport, mais un demi-plagiat.
La clef réside dans la sonorité. L’auteur, lorsqu’il invente un nom, cherche à ce qu’il « coule » le mieux possible, d’où le risque d’utiliser un mot qu’il a lu, apprécié et « oublié ». La plupart du temps, cela ne prête pas à conséquence mais, conscience professionnelle oblige, l’auteur doit faire attention à ce qu’il écrit et surtout admettre qu’il doit beaucoup aux autres…

Pierre Bottero


Sources :

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