Utopiales 2019

Le festival International de science-fiction

Avant de vous décrypter un peu l’édition des Utopiales 2019, il faut bien présenter l’affaire…

Présentation des Utopiales

Le festival des Utopiales existe depuis 1999 et prend place depuis l’an 2000 à la Cité des Congrès de Nantes. Il est devenu au fil des années le festival de référence sur la science-fiction au niveau européen.

Le festival propose plusieurs expositions (dont généralement au moins une de BD), un pôle ludique (jeux de sociétés et de rôles), sa librairie SF, un pôle jeu vidéo, une programmation cinéma, et une programmation dense en tables rondes et rencontres d’auteurs.

Le temps des Utopiales, c’est l’occasion de rencontrer ses auteurs favoris pour une discussion avec eux. Une dédicace. Mais aussi réfléchir sur des sujets de société en conférences, de pousser le genre de la littérature dans ses retranchements. D’assister à des battles d’écrivains versus scientifiques… Les invités, quels que soient leurs domaines, sont généralement reconnus pour la qualité de leur travail et ont souvent participé à l’évolution de la science-fiction et de ses représentations.
Plus généralement, c’est l’occasion de s’enrichir au contact d’autrui, tant humainement qu’en culture SF.

A ses débuts genre de niche, la SF a longtemps été déconsidérée par les pôles institutionnels (universités, médias…) et par une frange élitiste de lecteurs. Préjugés et idées reçus restés même longtemps après le succès du genre au cinéma. Le festival a largement contribué à sa démocratisation, et à lui faire acquérir ses lettres de noblesse auprès de publics éloignés. En faisant par exemple passer au grand jour des auteurs auparavant peu lus (#Alain Damasio en 2004…), ou en relayant les acteurs internationaux du genre.

Voir le festival de l’intérieur

En tant que bénévoles, nous voyons de l’intérieur ces cinq jours frénétiques. Au final, rares sont les festivaliers à faire les 5 jours sans interruption, ce qui fait des Utopiales une grande famille, un réseau dense et soudé qui se connaît bien, entre les professionnels du livres, presse, invités, festivaliers de longue date et organisation.

Le moins qu’on puisse dire est qu’il est passionnant d’en apprendre plus au contact des auteurs et de leurs œuvres. Être à l’intérieur, gérer les arrivées, les expositions (dans mon cas) permet de rencontrer ces acteurs qui font notre littérature de tous les jours. On se fait vite un panorama, et on ne se perd plus autant dans l’infinité éditoriale. Rencontrer des passionnés, comme nous, est toujours source de plaisir.

Bien sûr, ça n’est pas toujours une partie de plaisir, il faut mettre la main à la pâte gratuitement, accepter de moins profiter de la programmation et savoir prendre dans le nez les aléas du festival…

L’édition des Utopiales 2019

Comme chaque année depuis quelques temps, une thématique est donnée, afin de structurer la programmation autour de problématiques plus précises. Cette année ce fut “coder-décoder”. Un thème peu porteur selon moi, trop axé technologie. Mais celui-ci a su finalement trouver grâce à mes yeux sur le pendant “codes sociaux” et normes… et sur le décryptage de notre actualité. Je confesse ici mon péché, la science de la SF ne m’intéresse plus qu’en tant qu’impact sur les sociétés humaines.

Expositions

Nous avions eu l’an passé la perturbante exposition de Bed Deum, montrant le corps de la femme capitalisé à l’extrême dans un constat glaçant. On peut dire que l’affiche n’avait pas fait l’unanimité… à l’inverse de cette année où Mathieu Bablet met à tout le monde une bonne claque technique, poétique et politique.

Ses noirs et blancs, ses traits de crayon bleu ont été exposés à la vue de tous. Ils nous laissent pénétrer un peu dans la genèse de son œuvre, avec ses carnets. Son Shangri-La à couper le souffle s’étale sur une influence post-cyberpunk très politisée, mythologique. Mais aussi continuant la vague poétique amorcée dans Blame où les bulles de dialogues se font rares et percutantes.

Mathieu Bablet a aussi su sidérer ses visiteurs par sa collection d’illustrations personnelles. Le magnifique hôtel des bains du Voyage de Chihiro, la voiture et les personnages de Cowboy Bebop, et un décor grandiose de Zelda. Grand maniaque de la règle, le dessinateur nous perd dans l’immensité de ses complexes architecturaux…

Le (vieux) Mézière, auteur de Valérian et Laureline, qui a inspiré Stars Wars, nous est revenu une seconde fois sur les expositions (2002 la première fois). Ainsi, les visiteurs ont pu observer des peintures originales des BD,  et des travaux réalisés pour le film du Cinquième Élément.

Tables rondes

Toujours un lieu de lutte acharnée pour plein d’idées, c’est l’instant où la conférence tourne en débat qui ravive mon attention. On y saisit les enjeux littéraires, politiques et moraux actuels, débattus simplement juste sous nos yeux.

Forcément, après tant d’années à suivre le festival, certaines me paraissaient enfoncer des portes ouvertes, mais d’autres, sur des problématiques très actuelles arrivent encore à me saisir au frisson.
La littérature jeunesse a-t-elle ses codes m’a fait replonger dans un univers bien connu. J’avais à l’époque (2000-2010) beaucoup de références, mais, la surproduction littéraire obligeant, il est vite fait de louper un train… Ces auteurs fraîchement débarqués sur la scène ont su exprimer les enjeux du genre dans la nuance, et ne pas tomber dans les écueils tendus en chemin. Cela me redonne un peu espoir d’y trouver quelques perles.
Citons aussi les tables rondes féministes et politiques qui font l’apanage du festival, et qui restent une référence en termes d’expression publique de pensées pas encore devenues mainstream.

Le concert-lecture

Les Utopiales 2019 ont accueilli sur la scène Alain Damasio, pour un concert musical avec le groupe Paolo Alto. (Une véritable ruée des fanatiques sur le festival par son unique présence mais passons). Pour ceux qui rêvaient de voir un jour en vrai un discours polyphonique (à plusieurs voix), son concert a expérimenté le terrain d’une manière intéressante. Ce fut une lecture d’un chapitre entier des Furtifs, avec quelques extraits bonus. Certains reprocheront (sans doute à raison) que la qualité de ce concert ne valait franchement pas tout le tintouin… Un bon moment tout même.


Flop flop les Utopiales 2019…

Bon, on va pas se mentir, le festival, pour ses 20 ans, commence à devenir victime de son succès. Il y a eu vraiment trop de monde, à tel point qu’il a fallu fermer les entrées de la Cité. Vendredi, épisode vraiment pas agréable dont on se souviendra longtemps chez les équipes bénévoles. Enfin, c’est aussi une preuve que la science-fiction est désormais devenue populaire, vraiment mainstream, et reconnue de toutes parts.

Et vous ? Vous en avez pensé quoi de ces Utopiales 2019 ? N’hésitez pas à commenter !


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