Critique : Arte (Kei Ohkubo)


Présentation

 Arte est un manga publié originellement au Japon dans le magazine Comic Zenon en 2013, et semble être la première série de son auteur, Kei Ohkubo. Il est intéressant de noter que le manga est classé dans la catégorie seinen, originellement destinée à un public plus âgé. En France, la série est traduite aux éditions Komokku en 2015.

Histoire

 Arte se déroule à Florence, en pleine Renaissance Italienne. On y suit l’inédite aventure d’une apprentie peintre auprès de son maître. Celle-ci doit sans cesse batailler pour progresser, se faire accepter et se faire une place dans ce monde assez impitoyable. En effet, Arte, personnage éponyme, est une fille, et dans cet univers exclusivement masculin, caractérisé par le sexisme de l’époque, rien ne lui est donné d’avance. Pour réaliser son rêve de devenir artiste-peintre, et d’en vivre, elle fait preuve d’une détermination et d’une attitude rebelle face aux obstacles qui se dressent devant elle.

(Couverture des Éditions Komokku)

Critique

 N’ayant que son travail pour elle, la trajectoire de vie d’Arte est un modèle très classique au Japon, héritant du shônen une figure de volonté qui ne ménage jamais ses efforts. C’est un modèle  d’émancipation, féministe, mais surtout social. En effet, Arte, aristocrate de naissance, décide d’abandonner sa vie de cour pour mettre les mains à la pâte. Son maître, miroir inverse, de basse extraction, a réussi à grimper petit à petit les échelons.
Le manga présente nombre d’obstacles de la vie, d’échecs et de rebonds, d’expériences et d’apprentissage. Si lutte il y a, le combat est intérieur, contre soi-même pour se dépasser. Malgré la violence de la société, une saleté ambiante bien présente, c’est l’optimisme, l’humour et le sourire qui priment.

 Pour autant, Arte ne fait pas l’apologie d’une société prétendument méritocratique, au contraire, elle présente la complexité des déterminismes auxquels sont soumis les personnages, et fait état du travail difficile mais nécessaire pour s’en émanciper. Vous l’aurez compris, la distance liée à l’époque importe finalement bien peu, tant les parallèles avec la nôtre sont omniprésents. Ce qui renforce une forte identification pour la jeunesse pour une portée éducative intéressante.
En outre, les lecteurs plus âgés peuvent y trouver une double-lecture sur le métier de dessinateur, mis en abîme dans beaucoup de ses aspects. Un manga pour toute la famille.

Un maître de la case

Si le scénario est à la hauteur de l’ambition, le découpage rythmé, clair et bien posé, le dessin n’est pas pour autant en reste. Très détaillé sans être trop exagéré, Kei Ohkubo manie dans Arte à perfection les cadres, les angles, la suggestion, ainsi que l’architecture de la Renaissance Italienne. Arte présente beaucoup de « détails-qui-font-vrai », anecdotes ou objets historiques, et s’attelle magistralement à la construction d’une ambiance immersive et très documentée sur l’époque.

 On pourrait éventuellement reprocher à Arte son classicisme, son manque d’originalité par rapport à la production shônen qui produit des héros travailleurs à la pelle. Cependant Arte se hisse réellement hors du lot par sa densité, sa qualité, et sa touche féministe.

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