Critique Solarpunk : C’était mieux demain – Anthologie

Premier livre des toutes jeunes éditions Copie Gauche sorti en 2023, Solarpunk est aussi le tome d’ouverture de leur anthologie « C’était mieux demain » ; collection portant sur des futurs positifs et dont chaque tome est composé de 5 nouvelles sélectionnées par un jury.

Introduction

Nous avons déjà abordé le thème du solarpunk dans notre critique de Becky Chambers (Histoires de moine et de robot) et nous y revenons cette fois avec une œuvre française à la distribution beaucoup plus discrète.

Couverture Anthologie solarpunk c'était mieux demainPour ceux qui n’ont pas envie de (re)lire l’article précédent, pour brièvement résumer ; le solarpunk est un mouvement qui tente de créer des œuvres de science-fiction positives, voire utopiques, avec une forte prise en compte autant de l’humain que de l’écologie.

Ici les aspirations entre low-tech1 Low-tech : le low-tech couvre une large gamme de techniques anciennes et/ou innovantes dont l’usage se veut plus simple et réfléchi, accessible et durable. Le low-tech s’est construit en opposition aux visions qui voient la poursuite de la technologie en soi comme un idéal et une solution à tous nos problèmes. et high-tech se partagent l’espace, nous parlant de futur proche comme d’avenir lointain. Le tout fourni par des auteurices jeunes ou peu connus que sont Touxi Brown, Loïc Buczkowicz, Lucie Heiligenstein, Franco Ricciardiello et Colin Vettier.


Les nouvelles en détails

— Spoilers —

Nouvelle 1 : (Touxi Brown)

Abordant l’intéressante question de la viande dans une société écologique future, la nouvelle le fait avec un angle qui ne m’a pas touché, et où l’évocation d’un mélange de cuisine paléo et crudivore (connues pour leurs dérives diverses) m’a encore moins rassuré. Le solarpunk présenté n’a peut-être pas le temps d’affermir son propos en seulement 14 pages, alors seule en ressort une esthétique, hautement technologique, peut-être même paisible et écologique, mais qui manque des outils politiques nécessaires à me faire rêver de mieux.

Nouvelle 2 : (Loïc Buczkowicz)

Ce monde futuriste est une aventure agréable à la croisée de différentes humanités. Des enfants d’une société low-tech et écologique vont rencontrer un ancien humain digitalisé et politisé ainsi qu’un « pseudo-humain » à l’aspect primitif, création de l’ingénierie génétique de l’ancien monde. Iels s’entraideront pour repousser la seule forme de société inacceptable : celle des conquérants et des exploiteurs, celle qui a gardé l’esprit du capitalisme et qui s’était enfuie vers les étoiles. Une nouvelle d’aventure accessible qui garde une saveur classique et la place dans un contexte nouveau.

Nouvelle 3 : (Lucie Heiligenstein)

La nouvelle nous présente un futur qui me semble peut-être le plus proche, et aussi le plus dur. Mais à mes yeux elle parvient à y faire tenir les valeurs solarpunk avec une société désirable, non pas par la technologie ou la stabilité, mais simplement par son esprit d’entraide et sa culture.

Je ne sais pas si c’est celle qui porte le mieux les valeurs désirées pour l’ouvrage, mais c’est celle qui m’a le plus touché. Et je crois qu’il y a quelque chose en elle qui résonne avec des valeurs que ce site en particulier cherche à porter : à cette croisée de l’entraide et de la liberté individuelle où l’harmonie se construit.

Nouvelle 4 : (Franco Ricciardiello)

Elle m’a évoqué dans son style comme dans son approche un Ecotopia2 Écotopia : (ou Écotopie selon les traductions) roman utopique et écologique de 1975 où un journaliste se retrouve à explorer une société nouvelle qui a fait sécession des États-Unis. (roman utopique de 1975) modernisé, dans sa manière de plonger dans cette société. Ici le futur commence sur les déchets flottants du Pacifique, que des utopistes ont recyclé en îles habitables sur lesquelles une société innovante autant sur le plan technique que social se construit pour commencer à réinventer non pas elle seule, mais le monde.

lifeboat library

Nouvelle 5 : (Colin Vettier)

La terre est devenue plus juste et plus douce. Mais dans l’espace et sur les colonies martiennes règnent des corporations au capitalisme débridé, et c’est uniquement en créant l’illusion que ces corporations contrôlent encore notre planète que les terriens ont pu construire une société meilleure.

Une illusion maintenue au travers d’échanges de communication longue distance, seuls contacts réels, où des volontaires jouent la pièce de théâtre de la hiérarchie et de la compétition, et autour de laquelle l’intrigue de la nouvelle se construit.

Organisation de l’édition

Pour ne pas laisser les idées dans le monde du livre et de l’imaginaire mais aussi commencer à les mettre en pratique, les éditions Copie Gauche ont fait le choix de reverser 25 % du prix du livre pour les auteurices, d’organiser un financement participatif pour en lancer l’impression à l’échelle de la demande, mais aussi de mettre à disposition gratuitement en ligne l’ensemble des textes qu’ils éditent.

À l’heure actuelle les éditions Copie Gauche ont déjà ajouté à cette collection un recueil sur les biorégions, un autre sur les greniers et l’alimentaire, et ils viennent tout juste d’en financer un dernier sur le thème de la science.

Conclusion

Je trouve intéressant que 2 des 5 nouvelles évoquent une humanité qui s’est enfuie vers les étoiles comme menace ou antagoniste à la société solarpunk. Ce parallèle entre le rêve futuriste actuel de notre société capitaliste, qui se désire conquérante de l’espace et colon de planètes lointaines se retrouve mis en claire opposition avec des futurs désirés qui se construisent ici avec ce qui est déjà à notre portée.

Nos protagonistes ne sont pas vraiment des êtres d’exception, mais de simples individus qui ont, à leur petite ou grande échelle selon les circonstances, un véritable impact sur le monde.

Outre la première nouvelle que j’ai trouvé être une introduction un peu décourageante, les autres textes m’ont tous fait bonne impression et arrivent à donner des approches et visions distinctes, qui se rejoignent dans cette recherche d’espoir.

Image How to build a solarpunk city


Notes

1 – Low-tech : le low-tech couvre une large gamme de techniques anciennes et/ou innovantes dont l’usage se veut plus simple et réfléchi, accessible et durable. Le low-tech s’est construit en opposition aux visions qui voient la poursuite de la technologie en soi comme un idéal et une solution à tous nos problèmes.

2 – Écotopia : (ou Écotopie selon les traductions) roman utopique et écologique de 1975 où un journaliste se retrouve à explorer une société nouvelle qui a fait sécession des États-Unis.

Références

Afficher les sources et références

« C’était mieux demain » T1 Anthologie Solarpunk

  • EAN13 : 9782958945909
  • Éditeur : Copie Gauche
  • Date : 16 décembre 2023
  • Collection : C’était mieux demain
  • Nombre de pages : 122
  • Illustrations : Pierre Julien
  • Télécharger :↑ PDF Copie Gauche
  • Acheter (papier) : ↑ librairies indé.
Couverture Anthologie solarpunk c'était mieux demain

Autres références

  • Ernest Callenbach, Écotopia [1975], coll. Folio SF, Paris, Gallimard, 2021.
  • Becky Chambers, Histoires de moine et de robot, L’Atalante 2022-2023.
  • Images :
    • Scandinavian101, lifeboat library, 202 (CC BY-SA 4.0)
    • Sean Bodley, How to build a Solarpunk City, 2023 (CC BY-SA 4.0)

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