Critique : Je suis fille de rage – Jean-Laurent Del Socorro


La guerre de Sécession est une période de l’histoire qui a secoué les États-Unis d’Amérique. Avec Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro fournit un travail historique autour de cette guerre. En se basant sur des faits réels mêlés au fantastique, l’auteur propose une vision moderne de l’histoire de l’Amérique et de l’esclavage.

Résumé

Je suis fille de rage aborde la guerre de Sécession, en divisant le livre en plusieurs parties. Chaque année sera une partie différente. Que ce soit pour les confédérés ou pour l’Union d’Amérique, ce roman à plusieurs voix permet de suivre de nombreux points de vue. Les personnages s’entremêlent, pour proposer, au final, une vision globale de l’affrontement.

Abraham Lincoln, élu en 1860, provoque, par peur de la remise en cause de l’esclavage, la sécession des États du sud des États-Unis d’Amérique. Mais c’est en 1861 que le livre commence, embarquant le lecteur au travers des plus grandes dates-clés de cette guerre, qui se terminera en 1865.

 

« L’histoire a ses nexus, ses instants suspendus où toutes les réalités deviennent incertaines. Des moments si importants qu’ils dépassent la somme des destins qui les composent. Il n’est question de rien d’aussi humain que le bien ou le mal. Il s’agit simplement de faire un choix, dans ses convictions et dans son cœur. Nos vies sont tissées de ces secondes étranges et infinies qui pèsent soudain le poids de notre existence toute entière. »

Critique

Construction

Je suis fille de rage est un roman basé sur une guerre ayant secoué l’Amérique durant plusieurs années. Jean-Laurent Del Socorro est très fidèle à la réalité, proposant d’ailleurs un travail de traduction des grands titres de la presse de l’époque. De plus, le livre, de par la mise en page des chapitres, permet de suivre l’action dans l’espace et le temps. Des indications en début de chapitre, à savoir la date, le lieu et le camp, permettent de resituer l’action avec précision. L’auteur utilise également un système de personnages déroutant dans les premiers temps. La plupart ne sont pas nommés, mais leurs chapitres reprennent une appellation bien précise. Del Socorro laisse au lecteur le soin de mémoriser ces personnages, mais également de les découvrir grâce à la polynarration.

« L’humanité restera à jamais un mystère pour moi. Vous trouvez toujours le temps pour vous tuer. Jamais pour vivre. »

Du côté du scénario, Jean-Laurent Del Socorro propose un roman historico-fantastique assez classique, voire même très léger sur ce dernier point. En effet, le seul élément d’imaginaire du roman est la personnification de la mort. Bien que délimité par le cadre historique de la guerre de Sécession, le scénario n’est cependant pas remisé au second plan. En effet, c’est grâce aux échos entre les personnages que ce fait historique se (re)découvre.

Écriture

Je suis fille de rage propose une mise en page travaillée, avec l’ajout de nombreux éléments de contexte. Grâce à cette mise en page, le travail de fond est souligné : celui des personnages. En effet, Jean-Laurent Del Socorro a une habilité à proposer des personnages hauts en couleur, avec une grande diversité. Et ce qu’ils soient masculins ou féminins. Que ce soit les personnages de l’Union ou des confédérés, l’auteur ne se positionne pas sur les faits historiques ou les actes, en proposant des personnages qui ont chacun leurs propres motivations, qu’elles soient éthiques ou non.

L’ambiance de la guerre y est également dépeinte avec beaucoup de finesse, proposant des scènes parfois photographiques. L’auteur arrive à proposer au lecteur, de par ses descriptions précises et parfois presque mystiques, des environnements. On y retrouve alors une Amérique déchirée au sein d’une guerre gérée seulement par quelques puissants et qui sacrifiera pourtant des dizaines de milliers de soldats et de civils.

« Ceux qui déclenchent les guerres ne sont pas ceux qui en comptent les morts. »

Avec Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro présente un travail profond sur une réalité historique. Imposant aux premiers abords, le travail de contextualisation ainsi que les nombreux personnages en font un livre plaisant et rapide à lire. Cependant, Je suis fille de rage risque de décevoir un certain lectorat, car le côté historique prend largement sa part, étouffant parfois l’idée que ce roman se classe bien dans les œuvres d’imaginaire. Cela peut être une force pour les novices en fantastique, qui retrouveront principalement de la littérature de fiction et pourront aborder cette littérature d’une manière plus légère.

Références

Je suis fille de rage Jean-Laurent Del Socorro

Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro
Éditions ActuSF
11/10/2019
9782366294774
23,90€
350 pages

 

 

Sources

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