Critique : Harrison Harrison – Daryl Gregory

Une ville portuaire isolée et lugubre, un ancien culte occulte, des créatures marines troublantes… Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Non, ce n’est pas de Cthulhu dont il est question, mais bien de Harrison Harrison de Daryl Gregory. Ce roman fantastique édité par Le Bélial’ va proposer un roman humoristique d’inspiration lovecraftienne, offrant un beau clin d’œil à l’un des fondateurs du genre.

Harrison Harrison David Gregory
La superbe couverture de Harrison Harrison, par Nicolas Fructus.

L’histoire

Harrison Harrison est un jeune homme issu d’une famille de scientifiques. Malheureusement, suite à un obscur accident de bateau qui a coûté la vie à son père, celui-ci se retrouve mutilé. Ainsi, il doit vivre avec une peur panique de l’océan et une prothèse en carbone. Mais cela n’est pas facile quand sa propre mère est océanologue et l’emmène dans une ville portuaire perdue au fond fin de l’Amérique du Nord… Et ce n’est que le début de l’enfer pour Harrison Harrison, qui devra maintenant faire face à la disparition de sa mère.

Des élèves entrèrent dans la salle, aussi silencieux que des croque-morts. Personne ne bavardait ni ne plaisantait. Le Volontariat, selon toute vraisemblance, n’avait pas pour vocation de libérer les foules.

Critique

Harrison Harrison
M. Gint – Professeur de géométrie non euclidienne. Illustration : Nicolas Fructus

Harrison Harrison est un roman fantastique  qui, si les clins d’œils  à Lovecraft y sont nombreux (la ville de Dunnsmouth est une référence à Innsmouth), propose l’histoire plus classique d’un jeune homme en quête de sa mère. L’accent est avant tout posé sur la situation familiale et les nombreuses péripéties vécues par le héro.

Construction

Daryl Gregory propose avec Harrison Harrison un pari risqué. En effet, de par les éléments parcellaires de la mémoire de H. Harrison, celui-ci ne peut compter que sur ses investigations au fil des pages. Or, la construction du scénario est telle que, de nombreuses fois, le déroulement de l’histoire est bouleversé. Au final, ce schéma est payant car l’histoire tient la route et réussit à berner le lecteur assez facilement.
Daryl Gregory propose des personnages qui se révèlent être différents des clichés qu’ils peuvent dégager à la première rencontre. Chaque personnage est développé au fil des pages, avec une identité riche et un passif important. Cela apporte de nombreux éléments, souvent en écho avec le scénario, dont certains ne seront compris qu’après de nouvelles découvertes de Harrison.

Écriture

Harrison Harrison est drôle. Sans avoir un humour lourd ou forcé, Daryl Gregory trouve le bon ton pour tirer quelques rires au fil des pages. Et cela est une vraie qualité car l’exercice est périlleux. De nombreux jeux de mots, ou encore des références populaires sont également de mise, sans toutefois qu’ils encombrent la lecture.
Si le livre n’est pas très long, il propose une qualité assez classique, sans prétention littéraire. Cependant, ce n’est pas un défaut car ce n’est pas le but de Daryl Gregory : en effet, celui-ci propose la mise en place d’une ambiance souvent horrifique, mais Harrison Harrison tend avant tout à démontrer le fond de l’être humain. Que les monstres ne se cachent pas nécessairement là où l’on croit. L’auteur interroge l’humanité même, via une écriture incisive et tranchante.

Illustration

Contrairement à la version originale, la version française propose un réel travail sur l’objet livre. En effet, celui-ci est agrémenté d’une couverture à rabats entièrement illustrée,  avec des effet 3D. Un travail impressionnant a également été fait par Nicolas Fructus, l’illustrateur, au sein même du livre. Le lecteur pourra retrouver de nombreuses illustrations, en adéquation avec l’ambiance du livre. Le Bélial’ apporte une réelle plus-value au livre avec ce travail graphique, en explorant les personnages avec des dessins expressifs.

Harrison Harrison Daryl Gregory
Les cantinières. Illustration : Nicolas Fructus

Harrison Harrison apporte à l’univers lovecraftien une approche très différente des classiques du genre. L’accent est avant tout mis sur la vie du jeune homme et l’ambiance sert un propos familial et une réflexion sur l’humanité. Loin des ambiances lugubres de Lovecraft, Daryl Gregory propose un travail humoristique et plus moderne du fantastique, tout en pointant du doigt le racisme latent de son modèle.

Ce roman est plaisant à lire, y compris pour les amateurs de Lovecraft, même si l’auteur tend à s’éloigner de cette référence pour proposer une œuvre plus critique. Cependant, le livre sera également bien adapté aux novices du genre, de par son humour tranchant et son univers effrayant, mais dans lequel il est possible de s’immerger avec facilité.

Références

Harrison Harrison Daryl Gregory

Harrison Harrison, Daryl Gregory
Éditions Le Bélial’
27/02/2020
9782843449611
19,90€
352 pages
Critique avec lecture en VO (Harrison Squared)

Sources

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