Critique : Carbone & Silicium – Mathieu Bablet

C’est dans un univers futuriste que l’on retrouve l’humanité, jouant avec les intelligences artificielles. À l’aube de la création d’êtres pensants, composés de câbles et d’électronique, Mathieu Bablet emmène le lecteur à la découverte de deux androïdes, Carbone et Silicium, premiers êtres vivants de cette nouvelle forme de vie à l’image de l’humain.

Résumé

Carbone & Silicium est pour le lecteur une plongée dans le monde des androïdes. Sur le point de faire naître une nouvelle forme d’intelligence, basée sur un logiciel extrêmement poussé, la professeure Noriko parachève ainsi le travail d’une vie. Carbone et Silicium sont deux prototypes, dont toutes les caractéristiques ont été choisies avec soin. Cantonnés au laboratoire, ils souhaitent ardemment découvrir l’extérieur, l’environnement humain, déjà transformé par d’anciennes machines.

Critique

Mathieu Bablet propose avec ce roman graphique une réflexion autour de l’être humain et de l’éthique, dans un monde futuriste. Avec les progrès en conception d’intelligences, jusqu’à quel point l’humanité peut-elle asservir l’espèce qu’elle a elle-même créée ?

Construction

Grâce à une construction bien structurée, Carbone & Silicium propose des tranches de vie des deux robots. En effet, chaque chapitre effectue un bond vers le futur, en partant de l’an zéro, date de la création de nos deux protagonistes. Ces ellipses font découvrir les avancées technologiques ou les questionnements du moment autour des androïdes. Ces bonds permettent aussi l’évolution des personnages principaux. Mathieu Bablet utilise ces coupures temporelles avec brio, déstabilisant le lecteur à chaque fois, ce dernier devant alors s’impliquer pour comprendre les changements de la société dans cette nouvelle ère.

Quant au scénario, Carbone & Silicium propose une histoire qui reste assez classique. Cependant, si la fin est facile à anticiper, c’est le cheminement mis en avant par l’auteur qui importe. Mathieu Bablet souligne l’évolution de l’humanité, son adaptation autour des machines. De plus, il y ajoute un semblant de post-apocalyptique, avec un réchauffement climatique de grande ampleur. On retrouve ainsi de nombreux éléments de scénario qui poussent le lecteur à s’interroger sur la course à la technologie.

Écriture

Mathieu Bablet, avec un langage dur et cru, transcrit avec succès dans ses dialogues des personnages doutant d’eux-mêmes, et ce dans des époques très différentes. Grâce à son écriture pointue, ces derniers apparaissent comme crédibles, forts de leurs tempéraments respectifs. De plus, ceux-ci n’ont pas tous les mêmes buts, les disputes ou autres discussions animées y sont nombreuses, s’ancrant toutes avec réussite dans la réalité de leurs chapitres.

Carbone & Silicium met en avant deux personnages principaux, ayant leurs motivations propres, qui poursuivent leurs chemins. S’entrecroisant au fil des pages, les deux robots partagent plusieurs aventures. Avec finesse, Mathieu Bablet nous montre une palette d’émotions autour du vivant, quelle qu’en soit sa forme, jouant avec les contradictions de ses protagonistes. Ceux-ci passent alors par diverses phases de réflexion, et arrivent même à faire douter le lecteur.

Graphisme

Avec Carbone & Silicium, Mathieu Bablet signe une œuvre splendide, jouant d’une coloration à couper le souffle. Si le style de l’auteur reste le même durant tout le roman, chaque chapitre possède sa propre identité visuelle. Grâce à cette prouesse, rendue possible notamment par des palettes de couleurs variées et en adéquation avec le lieu de l’action, chaque chapitre est une nouvelle découverte pour le lecteur. Ce procédé est vecteur d’émotions fortes et dépeint en quelques vignettes la réalité d’un passage de la vie de Carbone et Silicium. On peut également remarquer l’effort que fournit l’auteur à retranscrire une dimension parallèle dans laquelle les deux androïdes se glissent de temps à autre. Cette dernière est représentée par des couleurs et des traits spécifiques, permettant au lecteur de comprendre rapidement la situation.

L’individu est incompatible avec l’idée de société parce que l’humain n’est pas un être rationnel, et encore moins quand il est en groupe. Tu devrais faire comme moi. Je les connais par cœur, c’est pour ça que j’ai arrêté de les côtoyer.

Ainsi, Carbone & Silicium est un excellent roman graphique, signé par le très talentueux Mathieu Bablet, qui avait déjà proposé par le passé des œuvres d’une grande qualité, à l’instar de Shangri-La. On retrouve ici une réelle fresque autour de l’humanité, questionnant les choix moraux de cette dernière. Carbone & Silicium utilise la science-fiction avec une modernité dans ses propos et sa construction. Avec une identité visuelle forte, il plaira autant aux amateurs du genre qu’aux lecteurs occasionnels de bandes dessinées.

Références

Carbone & Silicium, Mathieu Bablet
Ankama
28/08/2020
979-1033511960
22,90€
272 pages

 

One Reply to “Critique : Carbone & Silicium – Mathieu Bablet”

  1. Carbone & Silicium, c’est une lecture commune qu’on a grand plaisir a vous partager !
    A titre personnel, même si ce n’est pas incroyablement révolutionnaire, c’est mon coup de cour BD de l’année ! Une oeuvre totale qui couvre tout les domaines de la vie ; de l’amour à la politique, en passant par notre rapport à la technologie, 300 pages d’une exploration très dense et qui sait tenir en halène son lecteur… Et bien sûr une question qui nous taraude depuis la nuit des temps ; qu’est-ce qu’être Humain ?…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.