Le Pacte (II) : Définir la domination dans un Pacte ambigu


Bienvenue dans cette série d’essais sur le Pacte, l’engagement central des marchombres qui se lancent sur la Voie. Le Cercle a démarré ce cycle par un article rappelant les citations du livre qui définissent le Pacte de manière sommaire. Je nous fais quitter désormais le travail collectif pour passer sur ma lecture du Pacte, très personnelle, et de ses implications.

Nous avons vu dans l’article précédent que l’usage de la violence ainsi que les lois ne sont pas considérés dans Le Pacte des marchombres comme des repères intéressants pour mesurer le respect de l’engagement des marchombres. Le PdM ne définit pas le terme de domination (il mentionne simplement le fait d’agir sans en produire1« […] en aucun cas pour dominer les autres » Pierre BOTTERO, Le Pacte des marchombres T1 : Ellana, Paris, Rageot, 2006). C’est ce qui rend le Pacte si difficile à respecter, et ouvert à un certain nombre d’interprétations.

Bases : Du conflit au système de domination

Ici beaucoup de banalités que réexposer ne fait pas de mal. Je vais exposer mes définitions de l’agression, du conflit, et de la domination. Dans cette partie préliminaire au bilan des dominations présentes dans le PdM, je vais faire appel à des concepts vus ailleurs, non-explicités dans la trilogie, pour pouvoir revenir au texte avec l’éclairage de ces concepts.

Déplier le rappel de banalités

Je ne vais pas tout sourcer non plus car ce serait un trop long et immense travail. J’écris cette partie juste pour qu’on se mette d’accord sur les définitions des termes.

Le conflit n’est pas une agression ?

Quelles violences relèvent de la domination, et lesquelles sont légitimes ? Cela me semble un bon point de départ que de nuancer les différents types de conflits et de les séparer de ce qui relève de l’agression. Pour la suite de cette série d’article, je définis l’agression comme ce qui relèverait de l’acte « gratuit » ou premier de domination ; des violences nées d’intérêts personnels par exemple, qui résulteraient d’un résultat positif pour une minorité, et négatif pour les autres ; une action qui prive de nombreux possibles à un autre individu ou un groupe.

Le conflit, dans cette optique, serait l’enchaînement qui suit l’agression ; la riposte de l’agressé, qui ne veut pas voir son agentivité (capacité de faire, de choisir) diminuée. Il désignerait également le cas de deux partis qui se disputeraient une chose, ressource, pouvoir ou idée dont la possession résulterait d’un pouvoir de domination sur l’autre.

La méthode DARVO* (Deny, Attack, Reverse Victim and Offender, technique de manipulation théorisée par la chercheuse en psychologie Jennifer Freyd) est très efficace pour faire penser que celui qui « démarre » le conflit est agresseur, alors qu’il est en réalité victime (souvent, le conflit était bien antérieur sur d’autres violences, juste d’ordre différent).

Les agressions construisent la domination

L’agression prive à divers degrés la victime de son agentivité ; c’est-à-dire de sa capacité à faire des choix, à avoir des possibles. Cela concerne principalement les besoins vitaux, mais pas que.
Voler un inconnu qui n’a pas de moyens le prive de possibles (à commencer par la santé), tabasser sa cible quotidienne au lycée la prive de possibles, crée des traumatismes. Harceler prive de possibles ; empêche le bon développement et l’épanouissement. Gérer ses relations par la coercition prive ses proches de possibles. Etc.

Si tant est, bien sûr, que ces actes ne sont pas des tentatives, des moyens de mettre fin à une domination plus forte qu’exercerait la victime (ça, si vous avez suivi, c’est comment je définis le conflit !) ; dans ce cas, la violence répond au besoin de stopper d’autres violences et de retrouver de l’agentivité.

On différencie généralement l’agression de la domination par son degré de répétition et de gravité. L’agression serait l’instant court et ponctuel ; sa répétition ou sa gravité peuvent former la domination,  puisqu’il y a alors un assujettissement d’une personne à une autre. La victime est considérée comme objet (un jouet) par son agresseur ou un système (contrairement aux violences qui répondent à des dominations, qui elles, visent à reprendre de l’agentivité, à redevenir sujet de sa vie).

Un système de domination

Dans cet optique de définition, un système de domination est alors un ensemble de normes, de règles, de dominations inscrites profondément dans la société à tel point que nos institutions les favorisent et les défendent.
Le patriarcat, la classe sociale, le racisme, le validisme et l’âgisme sont parmi les plus gros systèmes de domination, puisqu’ils marginalisent, précarisent, violentent la majorité des gens par un ensemble structuré d’agressions : l’exploitation des corps (sexuelle, pour le travail, la guerre ou autre), les VSS, le rejet et la répression des luttes. Des agressions que ne subissent pas ou dans une mesure incommensurablement plus faible les plus privilégiés (pour être cliché, les hommes riches hétéros cis blancs valides de 45 ans).

Actuellement, les systèmes de domination sont intriqués ; si la pauvreté des masses permet au capitalisme une réserve de travailleurs pauvres prêts à accepter n’importe quel travail, le patriarcat invisibilise le travail de 50% des individus et silencie les VSS ; le racisme, déshumanisation par excellence, est créé de toutes pièces pour justifier l’esclavage ou ses formes modernes (c’est bien plus que de la xénophobie). Ceux jugés inaptes à la production dans ce système sont jetés : jeunes, vieux, ou en moins en bonne santé. Bienvenue dans le capitalisme néo-libéral.
Le spectre des dominations est vaste, faire partie d’une classe marginalisée n’implique pas l’absence de privilèges sur l’ensemble du spectre.

Fin des banalités


« Il y a trois sortes de violence. 

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Hélder Pessoa Câmara2↓Hélder Pessoa Câmara « Spirale de la violence », Paris, DDB, 1970

Les dominations dans le Pacte des Marchombres

Les agressions présentées dans le PdM sont multiples, et nombre d’entre elles correspondent à des systèmes de domination. Les agressions sexistes que subissent Ellana et Lahira sont des exemples de ces dominations. On peut également penser à la domination des Ts’liches, qui ont asservi les humains, ou encore à la domination de l’Empire, qui contrôle par la propagande la population (cf. le tournoi d’Al-Jeit), de la société de classes (Al-Far vit encore dans la pauvreté). Enfin, pensons aux agressions des mercenaires, des envoleurs (chasseurs de marchombres), dont le but affiché par Nillem est la quête du pouvoir ultime de toutes choses, passant par l’annihilation des marchombres. De manière extradiégétique, on peut également constater que le texte, par ses représentations du couple, forme une pression à l’hétérosexualité et au couple.

Comme l’a relevé la chercheuse Zoé Spartacus3Zoé SPARTACUS, Salim, un personnage inédit en littérature ado in LEVÊQUE, Tom, Sur les traces d’Ewilan : l’héritage de Pierre Bottero, Paris, Rageot, 2023, d’autres dominations comme le racisme sont posées par la diégèse comme inexistantes en Gwendalavir, habitué aux peaux sombres, là où elle reviennent de plein fouet sur Salim dans les passages dans notre monde. Sur ce plan, sans nier l’existence du système de domination raciste, Bottero reprend pour Gwendalavir un code de l’utopie.

« Je n’essaie pas de faire passer de messages dans mes livres mais, comme je les écris avec ce que je suis, ils contiennent cependant une part importante de moi-même et quelques-unes des certitudes qui m’habitent. Parmi celles-ci, la conviction que le racisme est un mal épouvantable contre lequel nous devons tous nous élever. »

Pierre Bottero, Ewilan.com4commentaire pour le site Ewilan.com, 26 Janvier 2007, archivé par nos soins https://marchombre.fr/Up/Archives/Ewilan-com/votre_avis/Periode-C10.html

Le Pacte, une éthique de la violence

De l’autodéfense…

Si le marchombre cherche à ne jamais participer aux dominations (cela enfreindrait le Pacte), le marchombre va plus loin : il n’est pas impuissant pour autant face aux dominations ; il les visibilise comme des contraintes qui agissent sur lui, et tente de s’en émanciper. D’où la culture de l’autodéfense et de la lutte collective contre les dominations.

Les marchombres se défendent face aux discriminations sexistes, face aux attaques des autoritaires (comme les mercenaires), mais trouvent également des solutions pour combattre la domination de classes sociale (par le vol, ou encore par les missions rémunérées de la Guilde). Dans une certaine mesure ils s’émancipent de la domination étatique (au-delà de ses lois) et en portent une critique, lorsque Jilano rend visible à Ellana la propagande de l’Empire afin qu’elle puisse en comprendre les enjeux.

Si le rapport à la science des alavariens n’est qu’embryonnaire, Pierre Bottero évoque pourtant (et avec humour) l’importance de l’éducation aux sciences dans notre monde dans l’émancipation des marchombres :

« Ellana Caldin : Je cours deux heures tous les matins, je mange bio, je pratique le taï chi, l’aïkido et le tir à l’arc mais aussi l’escalade, la natation et le parapente. J’ai un doctorat en philosophie et un autre en ethnologie. Je parle couramment cinq langues et j’en comprends une dizaine d’autres. Je ne fume pas, bien entendu, et réserve l’alcool aux grandes occasions. Voilà tout. »

Pierre Bottero, Les Interviews de Jack Maldosh 5[Ewilan.com], Archivé par nos soins : https://marchombre.fr/texte-inedit-les-interviews-de-jack-maldosh/

Comme peuvent l’être les arts martiaux, le savoir est une arme, la science en fait partie. Les sciences sociales, comme la philosophie, l’ethnologie, la psychologie et la sociologie permettent d’appréhender les notions recouvrant la domination. Elles sont nécessaires à mon sens à la compréhension des implications du Pacte : comprendre ce qu’est la domination en profondeur, savoir déceler ses mécanismes, pouvoir comprendre comment s’en défendre et comment ne pas la reproduire.

… mesurée à l’aune de l’agression

Dans sa réponse aux agressions, nous l’avons acté dans l’article 1, le marchombre ne prône ni la non-violence, ni la violence en soit, ni la neutralité. Il vise la fin de l’agression-domination et pour cela le moyen adapté à chaque situation. Sa limite est la prise de position dominante. Le marchombre ne recherche pas le pouvoir, mais bien des puissances d’agir. Plusieurs scènes du PdM suggèrent que le marchombre procède d’une éthique de la violence ; un code moral qui l’empêche de verser dans la domination et l’oblige en toutes situations à rechercher la réponse proportionnée.
On l’a déjà évoqué dans l’article précédent, une proportionnalité est pensée notamment dans la scène d’agression d’Ellana dans la taverne après le Hamman-Lô, où Jilano lui intime de ranger ses couteaux, de se contenter du poing. Pour aller plus loin, c‘est également ce que suggère la leçon qu’offre Jilano à Ellana avec la mort de Salvarode. La vengeance, surtout dans une perspective aussi définitive que le meurtre, n’apporte rien à Ellana, ne lui rend ni ses proches tués, ni une liberté ou puissance d’agir véritable. La divulgation de la trahison de Salvarode à la Guilde était même une mesure qui délitait déjà son potentiel de nuisance et de domination d’autrui. À partir de ce qu’on peut appeler un call-out, l‘acte meurtrier d’Ellana est jugé superflu par Jilano et la narration (« Démasqué, il ne représente plus de danger », p. 308 ; « Tuer Salvarode était inutile, mais tu n’étais pas en mesure de le comprendre. » p. 3116Pierre BOTTERO, Le Pacte des Marchombres T2 : Ellana l’envol, Paris, Rageot, 2008, p. 308-311). Ellana ne recommettra pas avec Jorune ce qu’elle considère comme une erreur.

Dans Les Mondes d’Ewilan et La Prophétie, Ellana met en place des solutions de mise en dérision des discriminations sexistes qu’elle subit, dans les tavernes notamment. Le couteau n’est sorti que pour se défendre physiquement face à des attaquants entraînés, les poings suffiront pour les autres cas. Le chant marchombre répond à nombre d’autres situations ; étayant la diversité et l’efficacité des techniques marchombres à répondre de manière proportionnée.
« Frappe la première », cette phrase de Jilano précédant l’agression d’Ellana lors de l’Ahn-Ju par Jorune indique également que la notion de légitime défense ne se limite pas à l’immédiateté d’une menace directe. Se défendre face aux dominations nécessite de prendre des mesures non seulement de différentes natures, mais aussi dans différentes temporalités ; il faut connaître le temps du bouclier pour le fendre.

Le Pacte, un engagement ambigu

« L’engagement à n’utiliser ses pouvoirs que pour progresser sur la voie et en aucun cas pour dominer les autres. Le conseil est là pour rappeler la règle. […] Le Pacte est la lumière qui éclaire la voie des marchombres. »

PdM T1 – P247

Il est important de mentionner ici que l’engagement des marchombres garde une forme d’ambiguïté (le marchombre s’engage à ne pas utiliser ses capacités pour produire lui-même de la domination, à avoir une responsabilité dans celles-ci), mais il ne s’agit pas d’un engagement anarchisant visant à l’abolition générale des dominations. Ce qui génère fondamentalement des situations où le marchombre, n’agissant pas alors qu’il aurait pu le faire, laisse faire et favorise des dominations par son choix d’inaction. Un choix d’inaction reste un choix, et le marchombre a alors une responsabilité. Cette situation est-elle une ligne de rupture du Pacte ? Quelle part de choix et de responsabilité un individu a-t-il réellement dans ses inactions ?

C’est le genre de questions qui m’intéresse véritablement à titre personnel : éliminer autant que possible ma responsabilité dans les dominations, y compris celles induites par mon inaction. Mais ici, dans une perspective de travail sur le collectif du Cercle marchombre, je souhaite me contenter dans cette suite d’articles de proposer un débat autour de points moins complexes : pointer et éliminer des engagements explicites en faveurs des dominations, engagements qui enfreignent de manière très frontale le Pacte. Afin qu’on débatte des bases minimales de celui-ci, notamment avec les deux articles suivants.
Les autres implications du Pacte, plus ambiguës et sujettes à débats, typiquement sur la responsabilité de l’inaction, sur les questions de justice intracommunautaire, je les laisse ouvertes pour plus tard, bien que je tienne à en dire un rapide mot pour terminer cet article.

Limites et paradoxes de la réflexion dans le PdM

Les contraintes

Dans le PdM, on peut observer une espèce de renversement autour de la notion de contrainte.

Pour le marchombre, l’Espace Marchombre a pu établir ici7↓ Collectif, Définir le Marchombre, Marchombre.fr, 2024. https://marchombre.fr/i-definir-le-marchombre/#Art1-I-A-Liberte que la manière de dépasser les contraintes du monde, les rendre sans effet, (être libre en somme), est de jouer avec elles, à l’image de la rivière. L’opposition n’est jamais frontale. La démarche première n’est pas d’agir sur la contrainte, mais de l’empêcher de faire effet sur lui. Car la philosophie marchombre semble partie perdue d’avance en pensant la contrainte comme fatalité, inévitable : le marchombre cherche donc à la contourner plutôt qu’à l’anéantir.
Ce n’est que lorsque la possibilité d’agir sur la contrainte apparaît concrètement aux marchombres (l’emplacement de la cité du Chaos révélé par exemple), qu’ils se décident à agir collectivement sur cette contrainte pour l’anéantir définitivement.
Les marchombres auraient pu ne pas attendre que Destan soit enlevé pour chercher l’information, la chercher d’eux-mêmes et s’organiser bien avant. Le fait de partir de l’a priori qu’ils n’y peuvent rien à part s’en protéger les empêche de prendre position en faveur des dominés dans bien des situations. Ils attendent d’être au pied du mur, de ne plus pouvoir individuellement se jouer de la contrainte, que le torrent soit trop fort, pour agir collectivement.

Neutralité Chaos-Harmonie ? L’interventionnisme

Dans notre premier article, nous exprimions la présence d’un interventionnisme chez les marchombres, mais lorsque l’on rentre dans le détail, on observe qu’une forme d’interventionnisme moral semble critiquée par l’œuvre :

« L’univers entier balance entre deux forces et ne croyez surtout pas qu’il s’agisse du bien et du mal. Ces notions sont typiquement humaines et dépendent entièrement du point de vue de l’observateur. Non, je parle des forces fondamentales, l’Ordre et le Chaos. L’univers est né du Chaos ; la nature, les êtres vivants, sont les moyens qu’il utilise pour tendre vers l’Ordre. » Pierre Bottero, QE T2 : Les Frontières de Glace, P117

« La voie du marchombre évite les notions de bien et de mal. Seule compte la liberté. » PdM T1 E – P247

La dichotomie Harmonie-Chaos prend racine dans la fantasy d’après-guerre (Le Cycle d’Elric8Michael Moorcock,Le Cycle d’Elric T8 – Stormbringer, [1965], trad. Franck Straschitz, Paris, Éd. Presses Pocket, 1984, par exemple), qui métaphorise les enjeux de la 2nde GM, notamment en plaçant du côté du Chaos démons et programmes politiques autoritaires. Dans le Cycle de Pierre Bottero, le manichéisme n’est pas non plus déjoué : les méchants restent du côté du Chaos, et les gentils du côté de l’Harmonie ; il y a un classement de valeurs entre ces deux pôles et une hiérarchisation de celles-ci opérée par la narration. La dichotomie Harmonie-Chaos clame un transfert du moral, du politique vers la philosophie, l’ontologie et l’ordre cosmique du monde ; mais à mon sens, appuyé d’une lecture « contre l’auteur »9Voir à ce sujet : Sophie RABAU, Lire contre l’auteur, coll. Essais et savoirs, Paris, Presses universitaires de Vincennes, 2012. URL : https://shs.cairn.info/lire-contre-l-auteur–9782842923495?lang=fr., ce transfert est contredit par les faits diégétiques, notamment par le fait que la narration place le Chaos du côté des antagonistes et du mal, combattu par les marchombres.

Le statu quo

Cet individualisme conduit donc les marchombres à opter régulièrement en faveurs de statu quo face aux dominations, comme par exemple à ne pas prendre parti lorsque l’Empire est mis en défaut pour ses dominations (les marchombres ne se révoltent jamais contre l’Empire), et d’un autre côté, à prendre parti pour lui lorsque celui est menacé pour pire encore que lui (les mercenaires du Chaos).
C’est une limite due à un individualisme égoïste des marchombres ; ils ne touchent pas à l’Empire dont la domination reste peu perceptible sur eux, mais s’attaquent aux mercenaires, qui les menacent directement. (Il en irait probablement autrement dans notre monde et à notre époque, où la domination étatique, beaucoup plus totalitaire, les toucherait également).
Lors de l’engagement des marchombres face aux mercenaires dans le T3 du PdM, l’Harmonie est invoquée en principe de décision par Sayanel à Salim, mais, mettant de côté les dominations (des mercenaires, de l’Empire ou autre) tant qu’elles ne les touchent pas personnellement, il s’agit plutôt de leur harmonie plutôt qu’une Harmonie universelle. Je touche là à mon sens à une incohérence de la trilogie.

De ce constat d’une brique libérale dans l’œuvre autour de l’Empire, naissent des réflexions autour des lignes de rupture paradoxales du Pacte au sein de l’œuvre, faisant de celui-ci une source de débat quant à ses implications.


Conclusion

L’existence du Pacte semble impliquer l’application pour les marchombres d’une éthique de la violence, où celle-ci n’existerait pas pour elle-même mais dans l’unique but de mettre fin aux dominations. Une violence qui vise sa propre fin.

L’État constituant un paradoxe important dans les livres, fondamental dans la compréhension des implications du Pacte, il m’a semblé nécessaire de lui dédier mes articles suivants. L’un des buts sera de comprendre quelles sont les différences entre l’Empire alavirien et notre société, et quelles implications sur le Pacte ces différences ont.
Je m’attacherai plus à dégager quels sont les engagements en faveur des dominations très explicites, plutôt que les lignes de rupture subtiles du Pacte, plus sujettes à débat, afin de construire des acquis consensuels pour nos collectifs.

illustration Le Pacte titre de l'article


PS : Merci à la team de relecteurices.

Sources & références

Corpus et œuvres fictionnelles citées

Pierre BOTTERO, La Quête d’Ewilan T2 : Les Frontières de Glace, Paris, Rageot, 2003
Pierre BOTTERO, Les Mondes d’Ewilan T1 : La Forêt des Captifs, Paris, Rageot, 2004
Pierre BOTTERO, Les Mondes d’Ewilan T2 : L’Œil d’Otolep, Paris, Rageot, 2005
Pierre BOTTERO, Les Mondes d’Ewilan T3 : Les Tentacules du Mal, Paris, Rageot, 2005

Pierre BOTTERO, Le Pacte des Marchombres T1 : Ellana, Paris, Rageot, 2006
Pierre BOTTERO, Le Pacte des Marchombres T2 : Ellana l’Envol, Paris, Rageot, 2008
Pierre BOTTERO, Le Pacte des Marchombres T3 : Ellana, la Prophétie, Paris, Rageot, 2008
Michael MORCKOOCK, Le Cycle d’Elric T8 – Stormbringer, [1965], trad. Franck Straschitz, Paris, Éd. Presses Pocket, 1984.

Ressources sur les dominations

– Jennifer Freyd, tous ses travaux sur la méthode DARVO https://www.jjfreyd.com/darvo 
* En particulier Freyd, J.J., Violations of power, adaptive blindness, and betrayal trauma theory. Feminism & Psychology, 7, 1997, p. 22-32.
– Hélder Pessoa Câmara, « Spirale de la violence », Paris, DDB, 1970
– Collectif, La Brochecte V2, [en ligne], 2024. https://marchombre.fr/brochecte-v2/

Ressources, recherches et essais sur Bottero et la littérature

– SPARTACUS, Zoé, Salim, un personnage inédit en littérature ado in LEVÊQUE, Tom, Sur les traces d’Ewilan : l’héritage de Pierre Bottero, Paris, Rageot, 2023
– BOTTERO, Pierre, commentaire pour le site Ewilan.com, 26 Janvier 2007, archivé par nos soins : https://marchombre.fr/Up/Archives/Ewilan-com/votre_avis/Periode-C10.html
– BOTTERO,
Pierre, Les Interviews de Jack Maldosh, Ewilan.com, archivé par nos soins : https://marchombre.fr/texte-inedit-les-interviews-de-jack-maldosh/
– Collectif, Définir le marchombre, Marchombre.fr, 2024. URL : https://marchombre.fr/i-definir-le-marchombre
– RABAU, Sophie,
Lire contre l’auteur, coll. Essais et savoirs, Paris, Presses universitaires de Vincennes, 2012. URL : https://shs.cairn.info/lire-contre-l-auteur–9782842923495?lang=fr .


Le Pacte (I) : La Lumière sur la Voie Le Pacte (III) : La domination de l’État (à paraître)

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