La définition du Pacte dans la trilogie
Si le Pacte des marchombres ne devait receler qu’un mérite : c’est bien celui d’avoir ouvert une voie, un idéal marchombre, et que la trilogie en a borné certains contours. S’il est difficile de cerner la voie, de dire ce qu’est le marchombre, le livre reste limpide sur ce que le marchombre n’est pas. La Voie du marchombre ne peut rejoindre celle de la domination. Ce serait un oxymore :
« L’engagement à n’utiliser ses pouvoirs que pour progresser sur la voie et en aucun cas pour dominer les autres. Le conseil est là pour rappeler la règle. […] Le Pacte est la lumière qui éclaire la voie des marchombres. »
PdM T1 – P247
C’est ainsi que Jilano définit le Pacte, cet engagement central pour la voie que les marchombres respectent, et qui donne même son nom à la trilogie. Le marchombre, fondamentalement, ne peut donc pas servir des objectifs de domination des autres ; il s’y est engagé, c’est la définition du Pacte. La liberté, sous cet angle, ne peut se vivre que dans une certaine égalité ; du moins dans la recherche de l’absence de dominations.
Ceux qui s’engagent et agissent en faveur d’un maintien des dominations n’arpentent tout simplement pas la même voie. Ceux-là qui empiètent sur la liberté des autres par des processus volontaires visant à prendre du pouvoir sur autrui ne peuvent être marchombres. Dans le livre, un certain nombre de ceux qui en font un principe par choix délibéré deviennent renégats et rejoignent le Chaos.
«— La quête de cette liberté ne conduit-elle pas les marchombres à empiéter sur celle des autres ? Et donc à verser dans le mal ? […]
— C’est un risque en effet, convint-il. D’autant plus tangible que les marchombres détiennent des pouvoirs importants. C’est pour cette raison qu’existe le Pacte. […]
Le Pacte est la lumière qui éclaire la voie des marchombres. Si la plupart d’entre nous suivent cette lumière, tu dois savoir que certains décident de lui tourner le dos pour s’enfoncer dans l’obscurité. […] Les mercenaires du Chaos. »
PdM T1 : E – P247
La nature infinie de la voie ne saurait justifier sa dénaturation. Au même titre que les maîtres-mots protègent la cohérence de la Voie sans en constituer des limites, le Pacte éclaire la Voie afin qu’elle ne soit jamais le prétexte à la domination.
Maintenant que cet aspect est limpide, il nous reste à définir comment fonctionne concrètement ce Pacte, qu’est-ce que l’on met comme critères pour définir la domination.
Des critères de rupture du Pacte ?
Du rapport à la violence
Le Pacte n’est dans le livre, absolument pas une ode au pacifisme ou à la non-violence ; Ellana passe son temps à découper en morceaux ses agresseurs.
Mais voilà, le point commun entre Ellana qui met une raclée à ses agresseurs et les marchombres qui s’attaquent en collectif aux mercenaires du Chaos, c’est qu’ils le font pour stopper des violences, pour détruire des dominations et des violences. C’est une lutte d’autodéfense.
Être violent pour se défendre de violences et détruire des situations de pouvoir, voilà qui est parfaitement accepté dans les livres.
Le livre instaure même une notion de proportionnalité sur la réaction face aux dominations ; grâce à Jilano, Ellana apprend à mettre hors d’état de nuire ses agresseurs sans les tuer ou leur causer d’irréversibles dommages. Il s’agit de mette fin à des dominations, et non d’en produire ; ce qui implique de ne pas causer plus de torts que le strict nécessaire à la fin des situations de violence.
« — Ces balourds ne méritent pas l’acier d’une marchombre. […]
Dans la taverne, au milieu d’un fouillis indescriptible de tables et de chaises fracassées, une vingtaine d’hommes s’assirent en gémissant. Plusieurs avaient des os cassés, quelques-uns saignaient, tous souffraient. Dans leur corps et, surtout, dans leur amour-propre. »
PdM T1 : E – P241-242 (agression dans la Taverne après le Haman-Lô)
Dès lors que la violence n’est pas le critère de respect du Pacte, quels autres indicateurs suivre ?
Du rapport à l’interventionnisme
Étonnement, le Pacte, limitant l’usage de ses capacités à la recherche de progression ne semble pas pour autant impliquer une neutralité d’action face aux mouvements qui secouent le monde. En effet, outre des individus qui s’engagent dans diverses causes (Jilano notamment, Sayanel aussi, dans la Guilde), le troisième tome, face à des évènements exceptionnels, montre une majorité des marchombres1↓ « Sayanel ne l’avait pas affirmé mais Salim sentait que ces deux cent quarante-huit représentaient tout ce que Gwendalavir comptait d’arpenteurs de la voie » PdM T3 : EP p. 504. 248 marchombres, 250 avec Sayanel et Salim, sur les quelques 300 que compte Gwendalavir s’engagent pour ce combat final (« L’immense salle aux trois cheminées était comble. Deux ou trois cents personnes, peut-être davantage, hommes et femmes, attentifs et silencieux. » PdM T3 : EP p. 375.) s’engager ensemble dans un conflit armé contre la cité du Chaos.
« La liberté n’induit pas l’égoïsme et il n’y a pas d’homme plus libre que celui qui agit parce qu’il pense ses actes justes. La situation de Gwendalavir m’importe. Je veux savoir ce qui se trame et qui le trame. Je veux être en mesure d’intervenir si je le juge nécessaire. »
PdM T2 : EE – P67 (Jilano à Ellana à propos de son interventionnisme politique)
Du rapport à la loi
La loi française autorise la légitime défense (et en définit même la proportionnalité de la riposte), alors, malgré l’usage de la violence, on pourrait être tenté de penser que la loi est un critère intéressant pour repérer les dominations.
Les lois face aux enfants d’Al-Far
Dixit le PdM, « voler un pain à celui qui en a deux est une attitude logique », pas une agression. Ceux qui s’émancipent des interdictions législatives qui les empêchent de survivre ne sont pas jugés négativement par la trilogie.
Les lois et les marchombres
« Marchombre ! Que ce mot les fait rêver ! Ils cèlent soigneusement ce rêve sous un voile de méfiance, de crainte ou de blâme, mais l’évidence est là : ils nous envient ! Ils essaient de nous réduire au rang de voleurs ou d’acrobates, ils écrivent sur nous, hasardent mille explications alors que la vérité se résume en un seul mot : liberté. Nous sommes libres et cela nous place hors leur loi ! »
Ellundril Chariakin, chevaucheuse de brume.
QE T2 : Les Frontières de Glace, P165
Les marchombres défient par exemple la propriété privée par leur usage quotidien de l’espace : escalade des bâtiments (qu’ils soient d’habitations ou institutionnels), crochetage des serrures etc, ou encore par le vol de bijouteries pour régler des comptes… Salim également vole les habits et le Gant d’Ambarinal à Jorune.
Allègrement franchie à divers niveaux, la loi n’est donc clairement non plus un outil satisfaisant pour comprendre et espérer respecter le Pacte.
Conclusion
Le Pacte respecté par les marchombres définit bien une boussole morale et éthique, même si c n’est pas régie par la non-violence, une neutralité d’intervention, ou encore par les lois. Comment savoir si l’on met fin à des dominations ou si l’on en produit ? Ce sera le sujet d d’essais sur le Pacte, l’engagement central de celles et ceux qui arpentent la Voie marchombre.

Sources & RéférencesNotes1 – « Sayanel ne l’avait pas affirmé mais Salim sentait que ces deux cent quarante-huit représentaient tout ce que Gwendalavir comptait d’arpenteurs de la voie » PdM T3 : EP p. 504. 248 marchombres, 250 avec Sayanel et Salim, sur les quelques 300 que compte Gwendalavir s’engagent pour ce combat final (« L’immense salle aux trois cheminées était comble. Deux ou trois cents personnes, peut-être davantage, hommes et femmes, attentifs et silencieux. » PdM T3 : EP p. 375.) CorpusPierre BOTTERO, La Quête d’Ewilan T2 : Les Frontières de Glace, Paris, Rageot, 2003 Essais et recherches sur Bottero– Sayanel, Le Cycle de l’Ailleurs est-il une œuvre libérale ? Des Lumières à la Contre-Culture, Marchombre.fr, 2023. https://marchombre.fr/le-cycle-de-lailleurs-une-oeuvre-liberale-des-lumieres-a-la-contre-culture/ |
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