Vision et Vérité
Ce que j’écris ici n’est pas science, c’est encore moins Vérité. Juste une vision capturée par l’écrit avec les mêmes imperfections qu’une photographie tentant de saisir toute la réalité d’une bête en mouvement.
Les mots sont larges, imprécis. À leur racines profondes on ne trouve que poussière sans sens. Poussière lentement accumulée, travaillée, par des esprits et par le passage du temps en une argile vivante et instable, mais essentielle à bâtir la pensée.
Moitié outil moitié animal indompté qui s’installe dans nos crânes.
Stirner dans L’Unique et sa propriété parle de spectre, (ou de « spook » dans sa version anglophone bien plus mignonne) pour définir toutes ces constructions de l’esprit qui nous dépassent et nous possèdent et que lui rejette.
Pour donner suite à cette idée, je pense qu’il est nécessaire de connaître les Spectres qui nous hantent pour les critiquer et être capable de progression, pour les exorciser parfois.
Mais l’humain n’est pas un animal rationnel, et se séparer de cela n’est ni possible ni souhaitable.
Alors, en toute conscience, autant se nourrir et se laisser posséder par des idées qui se veulent plus grandes que nous.
Accepter parfois d’être hanté, habité.
D’avoir une vision biaisée que l’on doit questionner, mais qui fournit aussi des angles utiles, nécessaires pour approcher le monde et interagir avec lui.
À mes yeux, les maîtres-mots sont simplement certains des spectres puissants qui nous habitent et que nous décidons non seulement de chercher à comprendre mais aussi à renforcer et poursuivre comme idéaux.
Alors le présent texte est construit avec des maîtres-mots et des spectres en trame de fond. Avec ceux que j’ai tour à tour apprivoisés, perdus, approuvés, effleurés ou rejetés pour construire ma Vision.
Et ce texte n’est que cela. Plutôt que les mots les plus sensés, que la Vérité, ce n’est qu’un instantané de mon regard, sur lequel je n’ai voulu enlever ni la naïveté ni les imperfections et que c’est aussi au travers de leur présence que j’espère ce texte utile.
La Vérité est de ces mots trop chargés. Chaque pensée qui se clame d’elle est à mon sens déjà trop orgueilleuse, hantée par un principe trop grand. Elle s’échappe et s’oppose d’autant plus vite à la rationalité et à la justesse qu’elle est censée représenter.
Je garde mes spectres d’idéaux pour m’habiller et m’habiter, la rationalité comme un outil pratique essentiel dont l’usage n’est jamais complètement acquis. Je laisse la Vérité aux vents.
Équilibre et Harmonie
Le Chaos et l’Ordre sont parmi les premières idées que j’ai absorbées durablement. Même s’ils ont depuis perdu en importance, leur présence et leur dualité restent un bloc important d’une vision qui a grandi avec eux en fondations.
Voir le monde en forces contraires, chaque chose portant en elle son opposé. Une dualité oui, mais loin du bien et du mal, ces composants sont amoraux et bien souvent fractals. Chaque chose aussi ordonnée soit-elle contient une graine de chaos, chaque fragment peut être divisé à son tour et le monde ne s’unifie qu’en un équilibre fragile, toujours renégocié, une dialectique amateure pour interpréter le monde.
Le chaos porteur de changements à la fois créateurs et destructeurs, accélérations sans directions/dans toutes les directions.
Et l’ordre ralentissement, immobilisme, contrôle puis néant.
La notion d’Équilibre, vue comme la danse sur la ligne de crêtes entre ces forces, entre toutes les forces, m’a très vite charmé. Ce n’est que plus tard avec la lecture du Pacte que j’ai remplacé l’idée d’Équilibre par celle plus juste d’Harmonie.
Car si l’Harmonie se retrouve bien souvent dans une zone d’équilibre, elle ne s’y limite pas, elle est encore moins un statu quo. Elle en joue, car trouver l’Équilibre c’est trouver un point essentiel pour que la finesse déplace les forces. Mais parfois l’Harmonie est dans le déséquilibre, la frappe violente, l’envol ou la chute.
Un déséquilibre local est parfois l’ingrédient d’un équilibre plus général. Jamais acquise, parfois vécue, l’Harmonie trouve son sens dans la globalité de son mouvement, de son moment.
Mais comme toujours les choses ne s’arrêtent pas au théorique, l’Harmonie est aussi une émotion/sensation à part. Que l’on peut vivre aussi bien dans la lutte que dans le calme. Un mouvement ou son absence qui, simplement, résonne juste.
Une musique faite du monde et sur laquelle nous arrivons à poser notre propre voix qui autant par silence que par note, connecte.
Liberté et Agentivité
Elle est vaste la Liberté, abritant une multitude de sens, d’enjeux. Il n’est pas étonnant qu’autant de pensées et d’individus si différents se réclament de ses largeurs.
Le premier aspect que j’ai rencontré est celui d’un ressenti instinctif.
Souffle émotionnel, expérience sensorielle plus que liberté de fait, force d’inspiration et appel, douloureux et lancinant dans son manque. Hautement volatile, je ne l’attrape que par instants et s’il peut porter le nom de Liberté, mais il est plus aussi culmination, une expérience qui en dépasse les plus simples définitions.
Il y a aussi tout le côté bien plus technique mais pas moins désirable, voire nécessaire, du champ des possibles à notre portée.
L’Agentivité, « ma puissance d’agir » qui pourtant ne prend jamais sens que dans un contexte. Une compréhension interne et externe pour connaître et déplacer les limites. Compréhension puis mise en action.
Plus qu’une conquête solitaire de soi, c’est un dialogue entre chacun et le monde, et ce n’est jamais que dans les liens qu’elle prend son sens.
La compréhension du monde, l’accroissement de ses compétences personnelles, la compréhension de soi offrent des outils qui doivent être ensuite utilisés dans le monde, dans la toile relationnelle qui le compose, et où les limites naturelles comme actions de ceux qui nous entourent sont centrales.
L’indépendance et l’autonomie jouent alors un rôle étrange dans ce dialogue de la Liberté. Être capable d’agir seul, être capable de se sauvegarder en tant qu’individu pour mieux se réaliser dans le monde, dans l’extériorité. Leur intérêt n’est pas dans un repli personnel, ou seulement dans un repli temporel de survie et d’échappement, stratégie d’esquive, de repos ou de digestions. Une pause dans son souffle entre inspiration et expiration, ou un pivot, une interruption dans un mouvement pour changer sa direction et mieux prendre ou briser le courant qui nous porte.
Guilde et Structure
Construire une Culture Marchombre
Depuis les premiers forums, la question de la guilde, de l’apprentissage ont toujours fait beaucoup de bruit.
Outre un rejet assez instinctif de ma part pour la hiérarchie de la guilde, d’autres problématiques sont vite venues s’ajouter pour moi, comme d’autres. Quel est l’intérêt d’un maître s’il n’y a aucune tradition à transmettre et que tout au plus certains peuvent se prétendre être juste un ou deux pas en avance ?
Quelle légitimité (voire intérêt au-delà du folklore) aux Présentations, aux Ahn-Ju et autres rituels classiques ?
Personnellement, j’en vois peu. Pourtant le « rituel » est une part essentielle de toute communauté, qu’il soit formalisé ou non, ceux-là ou d’autres existeront, tout comme la recherche des sensations qui y sont liées : appartenance, validation, dépassement personnel, ainsi que certaines émotions et transcendances en lien avec nos maîtres-mots.
L’idée d’être à la fois les maîtres et les élèves sans hiérarchie mais en partage, reconnaissant et puisant dans les talents de chacun, qui crée une communauté réellement volontaire et organique qui encourage au partage de connaissances et d’expériences, m’a toujours semblé l’idéal.
Il y a une beauté dans le collectif, un intérêt pratique et humain dans une culture partagée.
Les formaliser, leur donner corps par des lieux et des évènements volontairement orientés est une idée qui me plaît pour leur donner bien plus de force. Une culture marchombre n’existera jamais que par une communauté, des collectifs, et son existence m’est désirable et utile. Mais pas indispensable.
Reste que même sans elle il y a toujours des individualités, des carrefours, des chemins, qui mèneront vers l’Harmonie et la Liberté. Il serait orgueilleux de croire que nous sommes les seuls à lier ces mots, d’autres marches sur des Voies parallèles à la nôtre.
Une philosophie marchombre actuelle ne peut être qu’organique. Soutenue par des groupes affinitaires et des organisations oui, mais qui ne peuvent pas en représenter la globalité. Les recherches de construction individuelle et d’exploration radicale de soi et du monde qu’elle contient en fait peut-être une pensée naturellement schismatique et mouvante. Mais j’espère qu’elle gardera des nœuds communautaires.
Une communauté n’a pas besoin de se penser exceptionnelle par sa radicalité, sa recherche de Liberté, d’Harmonie et de mouvements plus aboutis pour avoir un mérite à exister.
Il lui suffit de porter ces valeurs et d’être vivante et nôtre.
Mystique
J’ai jusque-là dans ce texte parlé de nombreuses fois de ressentis, d’émotions indescriptibles, spooks et pulsions. En eux tous, nous touchons un domaine que je me permets ici de nommer Mystique, même si certains diraient qu’une expression plus juste serait celle d’« expérience intérieure » voire tout simplement d’« état modifié de conscience ».
L’expérience mystique, en tant que ressenti et/ou la recherche du ressenti, d’expériences transformatrices qui se doivent d’être vécus et non compris intellectuellement pour avoir effet. (Certains diraient que la courbe doit être vécue pour être harmonieuse.)
La Voie dans la forme des livres en est déjà pleine de pareilles expériences, et je crois que toute vie en sera parsemée, en tout cas la mienne l’est.
Les exemples sont indénombrables : se sentir porté par la Liberté n’inclue pas nécessairement une liberté pratique plus forte. Ce sentiment de danser sur les vastes horizons est-il déjà une expérience mystique ? J’y répondrais oui sans hésiter.
Le sentiment océanique, celui de se sentir en unité avec l’univers, est un autre exemple connu et commun. Souvent vécu, encore plus souvent recherché. Que l’on peut lier sans difficulté avec notre idée d’Harmonie.
Hors rationnel et hors norme oui, mais rien ne force à en faire des expériences antirationnelles.
La différence se trouve dans leur recherche et leur traitement. Les ignorer, en faire un centre, les vivre pour elles-mêmes ou de les décortiquer en sélectionnant les morceaux qui nourrissent réflexion et action, jeter le reste. Tous les chemins sont possibles et aucun n’est parfait.
Je ne suis pas sûr dans quelle mesure j’ai cherché ces sentiments, ces angles uniques. La méditation a fait partie de cette recherche, et s’est montrée utile voire essentielle à certaines périodes de ma vie. Mais aussi, mal informée, elle a pu présenter des problèmes et des dangers auxquels j’étais à l’époque aveugle et dont il est dur d’établir les effets à long terme.
Les gestuelles, présentations, les moments d’adrénaline, les discussions nocturnes sous les étoiles : elles jouent toutes avec la limite du ressenti normal et du Mystique. Reste à nous de connaître ces forces et à choisir si, quand, et comment jouer d’elles.
Marge et Élitisme
Il y a cette idée de percevoir ce que les autres ne perçoivent pas. D’aller où les autres ne peuvent pas aller. Être capable d’utiliser la marge, sans nécessairement la subir. Ce qui s’accompagne nécessairement de penser ce que beaucoup ne peuvent pas, ne veulent pas penser.
Mais peut-être plus que ça c’est ouvrir la porte aux excentricités des autres, en découvrir toute la largesse, toute l’étrange humanité.
L’anomalie, la marge, j’ai pu trop l’idéaliser par autodéfense personnelle. Aussi par réaction générale à une société qui l’étouffe trop ; où l’on constate des potentiels et des joies se replier sur eux-mêmes et s’aigrir.
Les bordures sont riches mais elles sont aussi déconcertantes, et les rejeter comme les idéaliser est au final un danger.
Contrairement à ce que j’ai pu naïvement croire, la marge n’est pas un badge d’honneur, mais juste un champ de possibles d’une largeur terrible qui mérite considération et explorations.
La marge en elle-même peut être un élitisme, une aristocratie par le bas(par l’altérité). Élitisme qui nous menace aussi depuis d’autres angles. Nos désirs de progression peuvent facilement prendre la direction d’un sentiment de supériorité, tandis que nos pratiques peuvent construire des barrières d’entrée dans nos espaces, influençant jusqu’à la perception de qui peut se considérer marchombre.
Le mouvement est part de notre identité, mais que se passe-t-il pour ceux qui ne parviennent pas à être performants ? Il y a bien un discours d’accessibilité, d’ouverture et de diversité. Mais les mots seuls ne vont que jusque-là.
La marge fait partie de l’identité marchombre et j’espère que, malgré notre désir d’évolution, l’élitisme n’y aura jamais sa place.
Pacte et Politique
J’ai une vision personnelle d’un idéal marchombre, mais mon identité ne s’y résume pas, et chercher à définir qui est suffisamment sur la Voie, qui y avance « correctement » m’a souvent semblé inutile ou dangereux, renforçant des dynamiques de domination, de prise de risques ou isolant des individus.
Il y a pourtant une limite à tout, des oppositions.
Il y a un reflet politique, une extension de la philosophie personnelle à la pratique militante.
C’est d’autant plus clair dans une philosophie marchombre puisqu’elle rejette les approches purement théoriques et qu’elle contient déjà en elle une praxis. Mais reste que si les approches philosophiques et politiques ont bien des recoupements et des résonances elles n’en sont pas moins distinctes.
Plus encore que cela la Voie est supposée être une progression, une avancée complexe et multidimensionnelle. À quel moment suis-je en mesure de juger ceux qui n’ont pas encore fait assez de pas dans ce que j’estime être la bonne direction ?
Il y a des limites à ce que je peux inclure à l’intérieur d’elle, et cela d’abord pour moi-même. C’est bien là tout le Pacte. Éviter de prendre le chemin de la domination est essentiel, pas par simple valeur morale, mais parce que nuisible à notre Voie et à tout ce qui la compose.
Ces dominations ne sont jamais totales, seulement des gradients, leur réduction un travail essentiel et continu, leur disparition totale une impossible chimère qui détruit bien plus que sa cible.
À défaut d’avoir l’orgueil de juger d’autres sur leur Voie, j’en reviens à les juger à l’échelle de tout autre humain, mis en contexte où « l’hérésie » et les failles de morale sont des questions absurdes puisque c’est dans leur matérialité, dans leur impact sur moi, sur mes communautés et sur le monde que je tente de considérer l’autre. C’est politiquement que je considère leurs politiques même si c’est le Pacte dans sa philosophie qui m’a mené à poursuivre la liberté libertaire, l’entraide harmonieuse, et la finesse des sans-loi.
Progression et Régression
La progression est une part essentielle de la Voie.
Reste à savoir ce qu’est une progression. Sans objectif, sans contexte, sans Voie, la progression ne veut rien dire.
Un déplacement, s’il n’est pas de direction, ou du moins de raison, est-il progression ?
J’avoue que je n’avance que myope, à tâtons. J’ai beau connaître les pierres et les racines sous mes pieds, utiliser les indices et les traces proches pour m’orienter, les chemins deviennent vite flous. Mon horizon en fantasme ou mirage. Parfois lent, mais décidé, sur une piste que je m’efforce de ne pas perdre. Parfois presque figé ou lentement explorant, tour à tour cherchant les indices en goûtant autant les détails fins qui peuvent m’orienter et profitant de l’essentiel repos qui vient avec l’arrêt. Plus rarement encore me jetant dans les contextes sans vraies visions, à moitié par espoir, à moitié par nécessité.
Dans la nature de la progression se trouve aussi des douleurs, de l’esprit, à se remettre en question et à affronter des réalités complexes absurdes ou blessantes. Des corps dans le mouvement, l’air brûlant les poumons, écorchure et douleur dans les muscles.
Cette part de souffrance peut être acceptée, voire appréciée. Mais il faut se garder de faire de la douleur vécue une valeur morale. La douleur n’est pas progression, j’ose même parfois imaginer que des chemins doux existent avec les mêmes valeurs et portant vers les mêmes horizons.
La progression est mouvement, mais tout mouvement n’est pas progression.
Toute immobilité n’est pas régression. Les stagnations sont temps de repos, de décantations nécessaires, résistances à la régression ou simple absence d’un rendement qui recherché aveuglément blesse.
Certains mouvements sont Régression. Certaines immobilités sont régression.
Les mémoires, les compétences, et les corps, se dégradent, par le temps et les traumas.
Il ne s’agit pas tant là d’une régression sur la Voie pour moi. Une voie inclut ces virages, ces ornières et ces demi-tours de voyageur perdu. C’est dans ses autres aspects que les régressions sont dures à accepter. L’épreuve passée par sacrifice doit être repassée, l’endurance testée, et parfois être trouvée défaillante là ou elle avait auparavant triomphé.
Secret et Discrétion
Il ne s’agit pas tant de cacher que de contrôler. L’autonomie personnelle implique la capacité à sélectionner les informations partagées avec le monde extérieur, aussi parfois à en tordre la perception pour son usage.
Il y a peut-être en partie une démarche esthétique, une approche de surface de ce sujet. Un marqueur d’identité choisi ou non qui, par l’approche marchombre et son folklore, donne un aspect positif à ces éléments de silence et de secret qui sont sinon encore trop souvent décriés.
Ou simplement un angle de « pour vivre libres vivons cachés ».
Je n’ai rien d’un fantôme, mais j’avoue que j’ai pu être trop penché du côté de la Discrétion, c’est une défense pratique à la condition qu’elle ne devienne pas réflexe.
Secret et Discrétion sont d’autant plus liés au marchombre qu’ils en sont un cliché c’est vrai, mais aussi une représentation réelle et accessible de notre philosophie. L’Équilibre rend les pas plus silencieux, l’Harmonie peut nous faire fondre dans le monde et la finesse choisir des mots pesés précisément pour n’en dire ni trop ni trop peu.
Il est évident que le marchombre idéal sait se fondre dans le monde.
Art et Esthétique
La manière dont s’imbrique notre philosophie fait qu’elle veut transformer notre manière d’être au monde en art. Parce qu’il y a une beauté dans la compétence, parce qu’une esthétique se formule par nos maîtres-mots.
L’appliquer au mouvement en est la démonstration la plus pure, la plus directe, et inévitablement personnelle, pas seulement corps ou esprit mais totalité agissante.
Notre poésie se veut être aussi ce mouvement unitaire, cette même interaction/union entre les aspects trop souvent divisés de notre esprit, de notre corps, et de notre environnement.
Que cette expression s’étende ailleurs me semble naturel. Je n’ai pas cherché à faire de mon style de dessin favori un « art marchombre » mais j’y vois des influences et des liens.
J’ai envie d’explorer ce que donne un art marchombre, pour moi comme pour les autres, et comment il peut s’exprimer dans des domaines que les livres n’ont pas explorés et qui me semble avoir été relativement peu approché par la communauté.
Amor fati et Wuwei
Qu’on le veuille ou non, le marchombre contient en lui un héritage croisé ; d’un côté la pensée occidentale et ses idées de Liberté et d’Individualité, et de l’autre une influence taoïste qui marque surtout dans sa conception de la Voie et de l’Harmonie.
Je crois que bien des choses peuvent être tirées de ces influences, et c’est d’elles que je prends ces deux concepts si lointains que j’ai digérés (voire maltraités) à ma façon et liés à la Voie.
En guise d’exemple : le Wuwei et l’Amor fati.
Le Wuwei se traduit souvent en non-agir mais qui se rapproche plus d’une action qui n’en est pas une. Le mouvement serait si bien adapté au monde et aux contextes qu’il en deviendrait imperceptible. Le Wuwei se lie en profondeur à nos valeurs et envies de finesse, d’harmonie et de flow, et est exactement juste, de savoir se laisser porter par la rivière.
L’Amor fati, « l’amour du destin », est une acceptation du monde, un véritable amour pour lui. Mais un qui n’exclut pas la confrontation de cette appréciation. Qui fait rire de l’épreuve, qui tire plaisir du moment, que ce soit en défis de la douleur ou d’une certaine manière par elle. Affronter la vague, en vivre tout entier le choc qui mène à surnager ou être emporté.
Faire se rejoindre Nietzsche et Tchouang Tseu, tour à tour affronter le monde et se laisser porter par les courants. Trouver en somme comment jouer avec la rivière.

Conclusion
En réalité ce n’est pas des tomes du Pacte que j’ai hérité la plupart de ces principes (et quelques autres encore qui me sont chers) mais le principe de marchombre était le premier à les réunir pour moi. Une synthèse à un moment clef pour tresser ensemble des idées. Mais aussi les faire grandir, même si c’est surtout aux rencontres que l’idée du marchombre a provoquées que je dois le plus.
Reste que ce principe de synthèse est essentiel. Dépasser les limites de nos principes. Leur définition simple pour les unir en un mouvement unique, la transformation sans début ni fin claire de la réalité vivante.
La Voie est mon cheminement personnel sur cette frontière vivante, poussé par un désir en forme de Liberté, bougeant aux rythmes de l’Harmonie, guidé par une envie de progresser.
À moins qu’il s’agisse de l’inverse, les concepts cœurs sont interchangeables et presque indistinguables dans la forme qu’elle leur fait prendre.
Marchombre est un mot qui réunit ces valeurs, ces liens et ces mouvements en un unique point. Marchombre n’est qu’un mot, utilitaire et hanté.
D’ici on voit presque un idéal, mais la réalité n’oublie pas l’importance des forces en présence, survivre est déjà son défi. On peut jouer avec les forces, mais je n’ai pas le talent de chevaucher les avalanches.
Il y a une réalité, de force qui m’entoure. Écrasante ou influente. Les liens nous libèrent comme ils peuvent nous attacher, être des cordes pour monter plus haut, ou chaînes qui nous limitent. Je suis une part du monde, le monde joue aussi de moi.
La Voie pure
Tresses d’une rivière
Changeante