Bienvenue sur cette petite analyse des armes et armures présentes dans l’adaptation de La Quête d’Ewilan par Andarta.
Sans inclure le matériel d’origine de Pierre Bottero (parce que j’ai la flemme) je vais parler des choix faits par la série, sous un angle plutôt réaliste et historique. Angle qui n’est pas nécessairement le meilleur pour juger de la qualité d’une œuvre de fiction ou d’une adaptation, mais qui a le mérite de fournir des éléments de réflexion sur les usages, les esthétiques et surtout de m’amuser.
Les armes dans la série
Dague principale d’Ellana
Une lame fine, avec une poignée un peu élargie aux extrémités pour une meilleure prise. Une pointe effilée. La taille du manche est vraiment surdimensionnée mais en dehors de ça je n’ai pas grand-chose à dire. Une arme élégante.
Couteau de lancer, pointes et autres outils
Je leur pardonne beaucoup puisqu’ils n’apparaissent vraiment qu’un instant à l’image. Un couteau qui a une forme acceptable de lame de lancer, l’autre est assez étrange. D’autres formes de lames auraient été bienvenues. On devine aussi dans un recoin ce qui sert sûrement à crocheter des serrures. Je n’ai par contre aucune explication pour le reste de l’attirail et ses usages qui semble avoir été un remplissage rapide.

Dague d’Ewilan
Assez courte, très fine, et je sais que les gardes de dague ne sont pas obligatoires mais elles ne sont pas non plus interdites, en voir au moins une ne ferait pas de mal, surtout pour une novice en combat où une petite garde fournirait une prise en main plus solide.
Sûrement autant un objet utilitaire qu’une arme de défense, c’est aussi un assez bel objet, adapté à être porté à la ceinture.
Edwin et son sabre
Alors avant toute chose je dois libérer ma haine et parler de sa manière de transporter son sabre dans son dos. Porter une lame dans son dos est un grand classique de la fantasy et c’est vrai que le visuel est assez beau, c’est aussi un endroit où personne historiquement ne transportait sa lame, pour la bonne raison que c’est tout sauf pratique, seule une lame très courte peut être sortie d’un fourreau dans le dos (ce qui pourrait fonctionner ici) mais ça reste légèrement plus lent et moins pratique pour bouger.
Bon je pourrais encore pardonner ça, si le fourreau ne tenait pas par magie dans son dos sans aucune attache.

Pour en revenir à la lame, elle a un style assez oriental qui évoque sûrement dans Gwendalavir le groupe ethnique des Frontaliers. Elle rappelle surtout pour notre monde des sabres de type dao chinois, qui à certaines époques étaient droits et eux aussi dotés d’un anneau à la base de leur pommeau (surtout ceux de l’époque Han jusqu’en l’an 200 EC environ, mais pas uniquement). Un style d’arme réaliste, qui change un peu de l’habituel et que j’aime beaucoup.
Les arcs
Deux personnages importants utilisent des arcs, Edwin et Ellana, mais dans les deux cas on voit à peine l’arme apparaître à l’écran. Des arcs réflexes qui gagnent en puissance par leur courbure, on ne les voit malheureusement jamais clairement détendus alors qu’en théorie les garder bander peut rapidement les abîmer.
Arbalète de Ivane Wouhom (la marchande ambulante)
Une courte arbalète de poing, dans un style quelque peu étrange. Une corde vaguement nouée à l’arme en laquelle je n’aurais aucune confiance. La poignée courbée évoque plus une arbalète moderne voire un pistolet plutôt qu’une arbalète médiévale, qui a tendance à être plutôt droite.
L’absence de gâchette inférieure est aussi un peu surprenante. L’anneau situé au bout laisse à penser qu’elle est armée en actionnant une sorte de levier spécifique aussi appelé pied-de-biche* (mais non ça n’a pas la tête de celui que vous avez chez vous), ce qui veut dire que malgré sa petite taille elle doit disposer d’une puissance de tir correcte.
Bon le style est fantaisiste mais une petite arbalète facile d’utilisation fait sens comme arme d’autodéfense ou de chasse pour une marchande ambulante.
Lances des gardes
Des lances assez intéressantes, la pointe est légèrement trop large à mon goût, la forme et la zone aiguisée me donne l’impression que l’on peut percer mais aussi un peu trancher avec elles.
Les « ailerons » ou petites pointes sur les côtés sont aussi quelque chose de commun sur beaucoup de lances pour différents usages, généralement pour parer des coups, crocheter un membre ou un bouclier de l’adversaire, ou encore sur les lances de chasse au sanglier ; pour éviter que la pointe s’enfonce trop et que la bête arrive au contact avec le chasseur et le blesse.
Les fibres rouges situées entre le métal et la hampe ont aussi une existence historique entre autres comme décoration, même si on leur donne d’autres usages (stopper le sang, distraire l’adversaire, protéger la hampe… sans que l’on ait la moindre certitude d’une quelconque utilité)
Une lance tout à fait respectable même si la hampe est vraiment très courte, surtout si elle est supposée être utilisée de manière groupée par des soldats de métier.
Je ne peux m’empêcher de m’imaginer qu’elles ont été conçues expressément pour affronter les Raïs, les ailerons potentiellement utiles pour arrêter la masse d’un guerrier-cochon qui pourrait passer à travers la large pointe.
Armures des gardes
Ils semblent avoir une cuirasse simple frontale et dorsale (le luxe !) et je considère que l’habit blanc situé en dessous est un gambison ; soit un très épais vêtement de tissu conçu pour amortir les coups, voire les arrêter entièrement. Les gambisons sont de véritables pièces d’armure, un classique sur de nombreux siècles et sur tous les continents.
On peut voir dans une courte scène que les gardes autres que Maniel et Hans disposent de casques : peut-être que tous ont été réclamés pour l’effort de guerre, les deux gardes envoyés pour voyager léger et faire de la garderie n’étaient peut-être pas prioritaires pour les obtenir.
Au final une armure assez belle, dont la protection est loin d’être totale, mais pour de simples fantassins sous-payés c’est déjà bien.
Hache de Bjorn
Hache lourde, utilisée à deux mains mais relativement courte. Avec la spécificité d’avoir une « barbe » fermée ; la lame descendant et rejoignant le manche. Cette spécificité enlève beaucoup d’options de combat ; impossible d’accrocher une lame ou un membre adverse, et pas de pointe basse. Elle donne aussi un point d’accroche en moins à l’adversaire, renforce la structure (mais y en a-t-il besoin ?) et donne la capacité à couper ses propres doigts en remontant le long du manche, ce qui est sûrement la seule chose que l’on peut trancher à cet endroit vu l’angle.
Bon je conseillerais à Bjorn d’opter pour un manche plus long qui lui permettrait de toucher sans être touché, voire de transformer sa hache en bardiche* avec une pointe au sommet de la lame, mais cela changerait complètement son style de combat.
Sinon de raccourcir le manche mais dans ce cas d’obtenir un bouclier, pour avoir plus d’options autant pour frapper et encaisser. En vrai outre moquerie, la forme particulière de la lame pourrait être une forme culturelle dont je ne vois pas forcément l’intérêt, mais qui n’a rien de si étrange au vu de la diversité d’armes que les humains on pu créer.
Maintenant pourquoi ne pas avoir fait ça en animation ? Des grosses pointes menaçantes pour un perso de gentil bourrin, c’est pas fou, surtout avec un public cible jeune. Un manche plus long serait plus dur à inclure dans sa silhouette ramassée sur elle-même, et un bouclier avec un manche plus court lui donnerait un côté défensif, plus fiable et moins courageux.
Armure de Bjorn
Je vais partir du principe que le blanc est comme pour les gardes un gambison, mais ça mériterait plus de métal ou de cotte de mailles sur les espaces vides, surtout vu son style supposé de combat, et pour boucher ce très large trou autour du cou. Le retour métal qui dépasse de son épaule gauche peut être trouvé sous le nom de « haute-pièce », surtout sur les armures de style milanais, mais semble surtout utile sur des armures complètes, en combattant à cheval ou pour des joutes, ce qui renforce le côté chevalier de Bjorn mais ne reflète pas vraiment l’usage qu’il en fait.
Et bien sûr pas de casque, un classique pour identifier les personnages et les rendre plus humains, et un classique de film et d’animation, mais une décision stratégique horrible dans un contexte réaliste. Si je comprends le choix pour d’autres personnages, je me dis qu’un casque couleur bronze et un peu ouvert aurait pu parfaitement fonctionner sur Bjorn.
Les armes du Chaos
Le meilleur du pire, voici les armes magnifiques du Chaos ! Alors vous allez me dire que le Mentaï utilise l’Imagination, ce qui justifie tout. Je ne suis pas tout à fait d’accord, car même quand elle peut justifier certaines choses, l’Imagination à elle seule n’explique pas tout.
Dague de mercenaire du Chaos
Alors en soi pas de problème avec elle, deux tranchants et une longueur correcte, l’absence de garde n’est pas rare sur des dagues. Par contre je ne peux m’empêcher de penser qu’elle a un style de lame moderne du genre vendue sous un label tactique quelconque (surtout avec ce genre de gouttière, et les deux petits renforcements avant la poignée), plutôt qu’à une lame d’un univers fantastique.
L’arbalète du Mentaï
À commencer par cette aberration. Alors une arbalète sur le poignet, ça n’a pas l’air très pratique. La forme edgy pourquoi pas. L’absence de corde, disons que c’est la magie et arrêtons-nous là. Mon vrai problème c’est qu’on voit le Mentaï lancer des carreaux invoqués sans utiliser cette arbalète. Donc pourquoi !?
J’ai deux explications potentielles à cela qui n’entrent pas forcément en conflit :
- Le Mentaï est retors, il utilise l’arbalète pour mieux viser, mais surtout il s’en sert habituellement pour faire croire qu’il a besoin de ce support, et une fois son adversaire méfiant d’elle, il tire des carreaux d’un autre angle imprévisible.
- Le Mentaï semble visiblement travailler très fort à avoir l’air sinistre et stylé, cela semble même plus important que chasser notre protagoniste à des moments. L’arbalète est un accessoire décoratif pour son orgueil.
Épée de Mentaï
Regardez-moi ça. Son style de lame edgy digne d’un gadget de fête foraine, ce n’est pas pratique pour couper, ce n’est pas pratique à fabriquer, et c’est l’arme la plus horrible de l’adaptation… et c’est complètement justifié par le fait qu’elle soit créée par son Imagination pour affronter des enfants désarmés.

Il n’empêche qu’encore une fois, on ne peut que remarquer le sens appuyé du dramatique et du style de notre Mentaï, qui renforce encore sa caractérisation comme quelqu’un de cruel et d’orgueilleux.
La meilleure arme de Gwendalavir
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Salim avec la pelle, une arme historique de qualité 10/10, 100 % de chance de coups critiques.
Conclusion
Le style choisi par Andarta est relativement réaliste pour un studio d’animation. On est loin d’une copie du réel que d’autres ont pu faire, mais la proximité est assez grande pour permettre des comparaisons intéressantes et trouver des influences.
J’apprécie assez les choix faits, qui semblent assez ancrés pour donner un peu de substance, mais qui arrivent tout de même à avoir de la personnalité.
De manière intradiégétique, je dirais que les personnages devraient chercher à avoir plus d’allonge : hache de Bjorn courte, lance courte, beaucoup de dagues. Et plus d’armures : personne n’a de casque ni de bouclier, Edwin qui, étant un soldat, ne porte aucune protection.
J’espère que ça vous a intéressé, et qui sait peut-être même que vous avez appris quelque chose ; mais mes connaissances sur le sujet ne sont pas parfaites donc n’hésitez pas à faire des retours si vous avez des avis, théories supplémentaires ou des critiques.
Sources & notes
- Wikipédia
*https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Armborst_2,_Nordisk_familjebok.png
(un exemple de levier pied-de-biche pour arbalète)
*https://fr.wikipedia.org/wiki/Bardiche - La série d’animation La Quête d’Ewilan S1, Andarta Pictures
Plus d’infos : https://marchombre.fr/serie-danimation-la-quete-dewilan-s1-andarta-pictures/
Visionner sur France TV : https://www.france.tv/enfants/neuf-douze-ans/la-quete-d-ewilan/
