Critique BD – TER (Rodolphe & Dubois)

Les auteurs :

C’est avec brio que Rodolphe D. Jaquette, professeur de lettres fort d’une longue carrière de scénariste BD, s’attelle à la Trilogie TER, en collaboration avec Christophe Dubois, dessinateur notamment du Cycle d’Ostruce. Les deux auteurs nous proposent le résultat de près de quatre ans d’un travail d’équipe assez fructueux.

L’histoire :

(Couverture TER T3)

Pip, pilleur de tombes aux alentours de son petit village de campagne, ramène de ses explorations des objets étranges. Ces objets, d’une technologie qui lui est inconnue, ne correspondent pas à son environnement proche de notre Moyen-Âge. Alors qu’il entasse son gagne-pain, il découvre et réveille un homme couché dans une tombe, nu, sans mémoire de son passé et incapable de parler. Son tatouage, “main d’or”, lui vaudra son nouveau nom. Une fois rentré au village, l’inconnu se retrouve étrangement capable de réparer les tas d’objets accumulés provenant d’une époque lointaine. Cette découverte sans précédent déclenche une série d’événements mystérieux qui font basculer petit à petit la destinée du village.

Un propos initiatique :

TER se présente avant tout comme un récit initiatique entre quête d’identité et remise en question. Maindor se retrouve plongé au centre d’une intrigue SF, dont lui seul aurait les clés, mais qui le dépasse. L’histoire nous entraîne dans une parabole des mythes bibliques racontée par Maindor, incarnation d’une forme de messie, et jongle avec légèreté entre différents genres et univers, mélangeant genèse et apocalypse.
Jouant avec la forme même du récit biblique pour se rapprocher de celle d’un conte, TER en extrait l’essence initiatique tout en se révélant athée, et profondément anticlérical. Le scénario, riche de rebondissements, reste cohérent jusqu’à sa fin.

Cette anticipation à très long terme de l’humanité se fait paradoxalement miroir saisissant de notre actualité, capturant avec une certaine justesse les mouvements de pensée et luttes profondes de notre siècle. Sans oublier l’apprentissage de la relation à l’autre, à l’amour, et un rapport jamais figé à la vérité.

Un dessin à la hauteur :

TER est magistralement soutenu par un dessin assez recherché et d’une finesse appréciable, oscillant entre une passion du détail et le spectaculaire. Le découpage, soigneusement maîtrisé, sait informer et montrer sans parole ; ce court-circuit habile du langage se révèle utile pour rester émotif là où les mots montrent leurs limites. En véritable amoureux de l’espace, les décors, l’architecture de Dubois aspirent à une ouverture des horizons, tant ceux de l’espace physique que ceux de notre esprit.

(TER Croquis de personnages)

Les trois tomes proposent en annexes plusieurs planches de croquis et encrages qui prolongent l’univers et les personnages. Annotés, ces bonus contribuent aussi à nous laisser un véritable objet-livre plus qu’une simple histoire à consommer.

Un avis plus personnel :

Au-delà de son apport culturel et artistique, j’ai trouvé la BD très divertissante et dépaysante. Originale sans trop nous dérouter, l’auteur nous fait perdre pied juste assez pour passer un très bon moment. Je suis resté finalement un peu en froid avec le dessin, mais celui-ci est indéniablement qualitatif et plaira à d’autres. Bon point supplémentaire, je pense que cette BD parlera à tout public grâce à sa narration simple et ses thèmes universels.

Une trilogie qui, malgré les quelques petites facilités scénaristiques qu’on pourrait lui reprocher, réussit à atteindre son ambition initiale et va jusqu’au bout de son propos par un dénouement à la hauteur de la série.

Références du T1 :

ISBN-13 : 9782356740502
PVP : 16 €
Edition : Daniel Maghen (DM)
Collection : Bande Dessinée
Nombre de pages : 80 dont 16 pages de cahiers graphiques
Date de sortie : 13/04/2017

Sources :

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